What about… écrire un livre en un mois (et aller au bout) ?

 

Lecteurs,

 

Si vous lisez nos chroniques, vous aurez suivi que le mois de novembre a été un peu particulier pour moi puisque il a été consacré au challenge du NaNoWriMo, challenge d’écriture sur lequel vous trouverez tous les détails ici. Pour les flemmards, rappelons qu’il s’agit d’un challenge qui vous propose d’écrire 50 000 mots en un mois (du 1er au 30 novembre) sans aucune autre récompense que le plaisir d’y être arrivé.

 

Je vous avais alors promis (et je m’étais aussi fait cette promesse introspective) de relater les difficultés et les joies qu’un tel exercice pouvait présenter. Alors, avant de commencer, faisons au préalable une petite précision méthodologique : les lignes qui suivent ne sont que la synthèse de mon expérience personnelle, rien d’autre. Toutes les difficultés auxquelles j’ai fait face seront sans doute des broutilles pour beaucoup d’entre vous, et à l’inverse j’ai peut-être dépassé avec la grâce d’un double-poney des barres d’obstacle qui en arrêteraient quelques-uns (il en va de même pour les joies d’ailleurs). Le NaNo n’a pas fait de moi une référence mais juste un auteur anonyme parmi des milliers d’autres anonymes et c’est l’humilité de l’anonyme qui me guide ici.

 

I – Engagez-vous qu’ils disaient…

 

A l’échelle de la tâche et de la satisfaction qu’elle procure, les difficultés ne représentent finalement pas grand-chose. Malheureusement, elles ne sont pas négligeables pour autant et, bien souvent, elles peuvent se révéler bloquantes.

 

Passons en revue les principales difficultés que j’ai pu rencontrer et les solutions que j’ai pu mobiliser pour les dépasser. Par souci pratique, j’ai décidé de leur consacrer des parties distinctes, mais ne vous attendez pas à retrouver cette structure pour la suite (je suis imprévisible, tel le héron).

 

1) Dépasser l’appréhension d’écrire.

 

La première difficulté que l’on rencontre, tant chronologiquement qu’en termes d’importance, est probablement la petite voix dans notre tête qui nous dissuade d’écrire. Ses arguments, nombreux et fallacieux, tournent souvent autour des mêmes thèmes : le manque de talent, d’originalité ou, si elle est vicieuse, de temps et d’énergie à consacrer au NaNo.

 

Laissez-moi vous dire que la petite voix se goure. Et beaucoup avec ça. Tout le monde a un imaginaire qui lui est propre, et ne pas se sentir capable de créer de toutes pièces un univers complexe de fantasy (par exemple) n’a aucune incidence sur votre capacité à écrire un roman. Le style se travaille, le scénario aussi, l’orthographe aussi (oui, oui, je vous vois dans le fond qui ont peur d’écrire parce qu’ils ne maîtrisent pas la grammaire comme ils le voudraient)… Bref, écrire un roman ne prend « que » de l’envie, de l’énergie et du temps. Tout le reste constitue une vaste excuse mentale pour ne pas le faire.

 

Avant le NaNo, je me pensais incapable de mener à bien un projet comme celui-ci. Je ne me sentais pas limité dans mon imaginaire, mais ma petite voix intérieure me disait qu’écrire était un privilège réservé aux auteurs. A tous ceux qui pourraient partager cette même hésitation, n’oubliez pas que c’est l’acte d’écrire qui fait l’auteur, pas l’inverse. Et vous en êtes capables.

 

Dès octobre, posez-vous la question de votre envie, faites taire la petite voix et vous aborderez sereinement l’entrée dans le NaNo, foi d’ancien non-croyant !

 

2) Dissocier lecture et écriture.

 

Difficile également, lorsque c’est une première fois, d’envisager l’écriture comme un acte différent de celui de lire.

 

Avantage, on cherche à écrire le livre que l’on voudrait lire (source de motivation indéniable). Inconvénient, on oublie que les textes que l’on adule ont souvent été travaillés, retravaillés et retravaillés encore, de sorte qu’on cherche immédiatement à atteindre un état de perfection dans le scénario, le style et, d’une manière générale, dans tout ce à quoi on s’attache en tant que lecteur.

 

Le NaNo est un challenge exigeant, notamment quant au volume demandé, et sa vocation est d’abord de provoquer l’écriture d’un premier jet. Sans trahir son envie, ce qui est une autre question, il faut être capable d’accepter et de vivre avec ses erreurs. Le NaNo s’arrête fin novembre, c’est vrai, mais votre roman ne disparaîtra pas du jour au lendemain. Il est donc important de prendre rapidement conscience que le but n’est pas d’écrire le roman parfait pour vous mais d’écrire tout court. Ecrivez ce que vous voulez, vous aurez tout le temps de supprimer et améliorer des passages plus tard.

 

Bon… Cela dit, malgré toutes ces belles paroles, j’ai fait exactement l’inverse, au point d’accuser un retard de 10 000 mots le dernier jour du challenge. Un jour de congé m’a permis de corriger le tir, mais en suivant mon propre conseil, j’aurais abordé bien plus sereinement la fin du challenge.

 

3) Prendre le temps.

 

Parce que oui, par contre, il y a au moins une contrainte qui ne dépend pas de votre seule volonté : le temps.

 

Le NaNo est chronophage, même avec l’inspiration la plus limpide qui soit, et, bien souvent, se conjugue difficilement avec une vie professionnelle et sociale (encore que, j’y reviendrai) fournie. Évidemment, écrire en occupant en emploi est possible, ça n’est pas le propos, mais certains jobs se prêtent plus facilement à ce genre d’activité (horaires légers, grandes pauses midi etc.)

 

En somme, écrire suppose (toujours dans le cadre du NaNo hein, sinon c’est un autre débat) une rigueur particulière qu’il est nécessaire d’acquérir rapidement pour ne pas accumuler de retard. Mon conseil, à ce sujet, serait d’écrire chaque fois que vous en avez l’occasion, sans privilégier spécifiquement les sessions longues. Souvent la même méchante petite voix que précédemment vous dit « Tu n’as que 15-20 minutes, c’est trop court pour se mettre à écrire, attends ce soir, tu auras plus de temps… » mais il ne faut pas l’écouter. Écrivez chaque fois que vous le pouvez, et ménagez-vous du temps pour le faire.

 

Autant que possible, astreignez-vous au rythme imposé par le NaNo (1667 mots par jour), et si vous pouvez le dépasser, faites-le ! Même si le retard n’est pas une fatalité et qu’un coup de collier peut le rattraper, mieux vaut éviter de se mettre mal pour ce qui est, et doit rester, un plaisir.

 

4) Dépasser le creux de mi-novembre.

 

Dernier obstacle rencontré (et franchement, celui-là je l’avais pas vu venir), le milieu du mois de novembre est extrêmement complexe à appréhender.

 

Il correspond au moment où toute la fièvre créative des premiers jours a laissé la place à une forme de routine et où on ne ressent pas l’urgence d’écrire. On se repose alors des questions qu’on avait laissé de côté jusque-là, et, bizarrement, on se trouve dans une posture qui n’est pas sans rappelle celle d’avant le NaNo.

 

A en juger par les statistiques du challenge, c’est à cette période que la plupart des abandons ont lieu, et je veux bien le croire tant cette période m’a semblé difficile à franchir. Dans mon cas particulier, je souffrais en plus d’un blocage qui m’empêchait de passer à la suite tant que je n’avais pas dépassé une certaine difficulté sur mon arc narratif. J’ai accumulé presque cinq jours de retards que je n’ai commencé à rattraper qu’à partir du 20 novembre environ.

 

Mon conseil à ce sujet : d’abord, sachez-le. Franchement, le simple fait de se dire « Je vais pas me faire avoir par le blues de mi-novembre, je suis prévenu ! » est, à mon avis, un poids en moins.

 

Mon autre conseil, c’est le dernier et il est un peu transversal : il faut continuer à vivre. Se couper de tout et de tout le monde est une tentation forte, et parfois pertinente (au hasard quand il s’agit de boucler le dernier jour) mais le plus souvent c’est ce que vous faites de votre vie qui nourrit vos écrits. Vous priver d’inspiration ne vous aidera pas à arriver au bout du NaNo et, sauf à écrire le récit d’un personnage solitaire aux tendances sociopathiques, ne vous fournira pas vraiment de grain à moudre.

 

II – #Fierté.

 

Quand vous commencez le NaNo, vous avez une intention en tête, une envie. Vous pouvez y voir un défi, une façon de s’épanouir, un exutoire, n’importe quoi en réalité. Mais à la fin du NaNo, fini ou pas fini, vous ressortez avec une grande conviction : vous êtes un auteur.

 

Ne vous méprenez pas, je ne signifie pas par-là que vous êtes prêts à en vivre et à envahir le monde de l’édition (c’est tout ce que je vous souhaite si c’est ce que vous voulez bien sûr !), et je doute même que la plupart des auteurs en aient envie. Ce que je veux dire, c’est plutôt que vous avez accompli quelque chose d’immense : écrire un texte long.

 

Vous êtes allés au bout d’un processus que vous aviez décidé, et vous avez franchi les obstacles intimes qui vous restreignaient. C’est un sentiment absolument magique.

 

Sans exagération aucune, j’avais le sentiment, en sortant du NaNo, que rien ne m’était plus impossible, que j’avais crevé une sorte de plafond de verre qui m’empêchait d’aller plus loin (quelques factures plus tard, c’est retombé cela dit…).

 

Si vous faites le NaNo jusqu’au bout, et indépendamment du nombre de mots que vous avez réussi à atteindre, vous avez fait quelque chose que beaucoup de gens n’oseraient jamais faire. Vous avez dépassé une appréhension (ce qui n’est déjà pas facile en soi), vous vous êtes livrés (fût-ce à vous-même) et vous avez tenu une promesse que vous vous étiez faite.

 

Le NaNo permet d’être fier de soi, pas nécessairement pour ce que les autres voient ou pensent de nous, mais plutôt pour le rapport que l’on porte à nous-mêmes.

 

Je dois vous faire une confidence : j’ai toujours pensé que les gens qui tenaient ce genre de discours sur la réussite et le sentiment d’accomplissement étaient des sacrés fêlés. Maintenant, je les tiens. Si le NaNo m’a changé, même un tout petit peu, je pense que ça veut dire que c’est une belle aventure.

 

Par ailleurs, je ne pourrais pas terminer ce compte-rendu sans parler des autres, les anonymes qui partagent nos mêmes joies et nos mêmes problèmes. Le NaNo donne une occasion parfaite pour se mettre à faire quelque chose d’exceptionnel, et le fait de savoir que d’autres personnes dans le monde font la même chose que vous est plus que motivant (et je ne parle même pas de la communauté physique et de la communauté forum qui ont l’air adorables).

 

Bref, le NaNo c’est un cadeau que vous vous faites à vous-même, à un mois de Noël, c’est dommage de s’en priver !

 

Now what ?

 

De façon amusante, le « Now what » a un sens dans le lexique du NaNo puisqu’il désigne les mois qui suivent le challenge proprement dit, temps consacré à la relecture et, pour les plus motivés, à l’envoi de manuscrit aux éditeurs.

 

Pour ma part, le roman né de ce NaNoWriMo 2016 s’appelle Fata Morgana. C’est un joli bébé de 55 000 mots qui a vu le jour à terme (même si les dernières heures de travail ont été un peu douloureuses) et qui remplit de joie son papa.

 

Plus sérieusement, il s’agit d’un roman fantastique d’anticipation (ou quelque chose comme ça) qui relate le destin d’une jeune femme de notre ère, Morgane, confrontée à un monde dans lequel les choses ont un peu évolué. Alors que l’humanité est contrainte de supprimer ses émotions pour ne pas encourir une fin atroce, Morgane part en quête pour détruire ce qui est, pour elle, la cause de tout cela : un arbre en perpétuelle combustion que l’on appelle Phaéton.

 

Si ce synopsis (que je sais très bref) vous aguiche (« Oh bah non Gaspard… »), je recherche activement des bêta-lecteurs motivés pour me faire des retours. Rémunération au thé sur Lyon si nécessaire !

 

Quoi qu’il en soit, j’espère que cet article vous aura plu, n’hésitez pas à partager vos questions et vos impressions sur Facebook, Twitter et par commentaire, je suis très curieux de connaître les expériences des uns et des autres !

 

Je vous dis à très vite,

 

Draconiquement.

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