What about… Moi, Peter Pan ?

Couverture par Naïky

 

Amis lecteurs,
 
Certains livres sont des fulgurances qui traversent la vie et nous avec, et, indépendamment de leurs qualités intrinsèques, ils constituent autant de chambres de résonance pour nos sentiments du moment.
 
Comment apprécier avec l’admiration qu’il convient un monument de high fantasy ou une excursion dans des royaumes oniriques lorsque tout autour de nous est sombre et appelle au doute ? A l’inverse, quel sort réserver à des ouvrages puissamment mélancoliques qui heurtent nos joies fugaces lorsque nous nous laissons porter par un événement heureux ?
 
Certains livres, donc, résonnent avec notre sensibilité, pour le meilleur ou pour le pire.
 
Moi, Peter Pan fait partie d’une catégorie différente : la catégorie des romans qui n’ont pas besoin de résonner puisqu’ils sont purement et simplement nous. Oui, amis lecteurs, ce livre est à lire, aussi sûrement que le soleil se lèvera demain. Et je vais avoir bien du mal à vous expliquer pourquoi.
 
Mais zieutons en détails, puisqu’il faut zieuter. Avec un peu de chance, vous comprendrez mieux.
 

I – Une œuvre sensorielle.

 

Et vous savez quoi ? Pour une fois, je ne vais presque rien résumer. D’abord, parce que tout doit se découvrir, mais également parce que, indépendamment de cet argument bien pratique, cette revisite ne dénature pas le personnage de Peter Pan créé par Barrie et dont Disney nous a livré une version relativement fidèle qui suffira à votre information.
 
Le principal changement, point de rupture suggéré de ce roman, est le départ de Wendy. Tout le reste est comme dans vos souvenirs. Et si vous n’avez pas de souvenirs, Michael Roch se charge de les créer pour vous dans ce qui constitue la première qualité majeure du titre : une sensorialité de la plume présente à tous les niveaux.
 
Dans un style tantôt littéraire tantôt gouailleur, Peter ou Pan ou… (ouais OK, j’arrête) nous guide avec sa principale arme : ses mots. Il n’est pas anodin que les rares fois où le personnage échappe à la mort, il le doive d’abord à sa verve plutôt qu’à son épée, comme un reflet de l’auteur affrontant ses propres démons.
 
Le style est comme son personnage : vivant, agréable, rebondissant. Il touche juste et, phénomène rare, s’entend autant qu’il se lit. Les quelques teasers qui avaient été postés, présentant des lectures de passages par l’auteur, laissaient supposer un talent pour faire passer par écrit l’oralité poétique de l’enfance, mais le livre se révèle encore plus chargé d’images que je ne l’imaginais.
 
Petite parenthèse : avant de découvrir la couverture intrigante (réalisée par la talentueuse Naïky) je ne connaissais pas l’activité booktube (pourtant suivie) de Michael Roch et j’ai donc été d’autant plus agréablement surpris par le sens des tournures et des mots que je n’avais pas d’attentes particulières concernant ce récit. Si j’avais découvert son activité de vidéaste plus tôt, je n’aurais pas été moins conquis, mais cette conquête n’aurait pas eu le même goût.
 
Le développement du roman par métaphores et allégories successives est à la fois un ressort scénaristique, sorte de deus ex machina opportune, et un exercice réussi de poésie. Il occupe, selon moi, une troisième fonction, celle d’abriter l’auteur, mais j’y reviendrai.
 
Au final, si je suis si dithyrambique sur l’écriture de Michael Roch, c’est qu’il le mérite. Le texte est parfaitement ciselé et chaque saillie verbale de Peter Pan est une image jetée à la face du lecteur, parfois sans pincettes. Vous savez ce que ça me rappelle ?

 

II – Un récit anti-initiatique.

 

Attention, warning ou tout ce que vous voulez : transition abrupte en approche !
 
Le Petit Prince, écrit par Antoine de Saint-Exupéry, se compose d’une succession de tableaux traversés par un personnage unique qui porte en lui une forme de sagesse que l’auteur essaie de transmettre. La finalité ? Élever le lecteur et le porter à être un homme meilleur. Un récit initiatique simple et juste, voilà ce qu’est le Petit Prince.
 
Moi, Peter Pan est un récit anti-initiatique, un anti-Petit Prince, une brique jetée sur le premier naïf qui osera demander à ce qu’on lui dessine un mouton. Loin d’être une critique, c’est à mon sens la seconde qualité essentielle de ce roman : porter le lecteur à douter.
 
Parce que oui, lecteur, je vais maintenant sortir un peu des sentiers battus pour orienter ma chronique dans les noirs recoins de la conjoncture et de l’hypothèse. A mon sens (et, j’insiste, exclusivement à celui-ci), Moi, Peter Pan essaie certes de nous faire porter un regard neuf sur le monde, mais ce n’est pas celui que l’on croie.
 
Si le personnage de Peter est prompt à dispenser des conseils, que le lecteur pourrait être tenté de prendre comme des leçons de vie, il doute. Il doute, et le lecteur le sait puisqu’il est plongé dans les méandres de son esprit tortueux d’adulte qui refuse de se l’avouer. Quel sens donner alors à des conseils si peu suivis par leur prescripteur ? C’est l’une des questions fondamentales que nous sommes amenés à nous poser à la lecture de cette fresque.
 
Ma réponse : aucun. Peter Pan ne nous amène pas à retrouver notre regard d’enfant, il nous invite juste à perdre celui de l’adulte. Un personnage incarne à la perfection cet égarement dans la désillusion : Wendy. Sans rentrer dans le détail, ce personnage porte, pour moi, l’une des deux clés de lecture du roman. La seconde clé se révèle, elle, lors du dernier chapitre, porteur d’un sens plus nuancé que l’on pourrait penser.
 
Le personnage de Pan connaît une révolution au sens strict, et cela m’amène à conclure que ce récit anti-initiatique a été voulu ainsi, offrant deux degrés de lecture à celui qui désire s’attarder plus avant sur les méandres des mots et sur le poids qui pèse sur chacun d’eux.
 
C’est bouleversant. J’ai pleuré comme rarement devant un roman. Ma dernière larme versée pour un écrit (il est plus facile de pleurer en musique) était devant un roman de Mathias Malzieu, et ça ne peut pas être une coïncidence. Michael Roch possède le talent et la qualité pour écrire sur tout. Et, à titre très personnel, je le remercie de le faire.

 

III – L’universalité comme fin de tout.

 

Car si le roman se démarque également, c’est pour sa troisième qualité : offrir un panorama essentiel et non exhaustif des problématiques et des peurs profondes de l’humain du XXIème siècle.
 
L’identité, le langage, l’amour et la mort se côtoient dans une construction subtile en miroirs et échos successifs. Il est impossible de considérer le roman comme autre chose… qu’un roman justement. Et quitte à professer des paroles étranges, ajoutons que le lien entre tous les tableaux est, sans aucun doute, l’absence de lien.
 
Cette absence de lien rappelle le présent perpétuel des péripéties successives, elles-mêmes des rappels à l’enfance et à son absence d’enjeux temporels. Pourquoi, sinon, appellerait-on « Destin » le bateau du Capitaine Crochet, mortel ennemi de Pan ?
 
Chaque chapitre poursuit la question sous-jacente du précédent, et quels que soient les thèmes abordés, Michael Roch fait preuve d’une grande délicatesse. Il choque sans heurter et parvient à hisser son personnage au panthéon des héros trop vrais pour être honnêtes.
 
Que dire, à part que c’est merveilleusement fait ?
 
Moi, Peter Pan touche à l’universel et, par ricochet, à tout ce qui se trouve au milieu. Nous y compris. Je sais que tout cela paraît lyrique, et imprécis au possible, mais je crois qu’il faut accepter, parfois, que tout ne se contrôle pas, nos réactions pas plus que nos peurs.
 
Honnêtement, à ce stade, ais-je encore besoin de développer ?

 

So what ?

 

So rien du tout. Lisez-le, s’il vous plaît. C’est un cadeau que vous vous faites. C’est la meilleure des raisons et la seule conclusion qui me satisfasse véritablement. Moi, Peter Pan, finalement, c’est exactement ce que le titre dit. C’est une cavalcade folle à travers les champs entouré de vos amis. Sauf qu’il n’y aucun cheval, que vos amis ne sont pas là, que vous êtes seul à courir et que lorsque vous vous arrêtez pour regarder autour de vous, la disparition soudaine de ce tableau vous apparaît comme une tragique image de la vie.
 
Et puis vous criez que vous êtes Peter Pan, bordel, et le tout redémarre.
 
Je rencontrerai bientôt Michael Roch, présent aux Oniriques de Meyzieu, les 10, 11 et 12 mars et je réaliserai une interview à cette occasion, donc si vous avez des questions à lui poser, n’hésitez pas à nous les envoyer !
 
En attendant, suivez-nous sur Facebook et Twitter pour ne rien louper de nos chroniques et portez-vous bien. Si cet élan de lyrisme intempestif vous a plu, faites-nous en part également (pour les grincheux dans le fond, vous avez le droit de dire que c’est nul, promis je ne tracerai pas vos IP… encore que).
 
Draconiquement.
 
Pour l’acheter, c’est ici !

Laisser un commentaire

Votre adresse de messagerie ne sera pas publiée. Les champs obligatoires sont indiqués avec *