Interviewons… Michael Roch, l’auteur de Moi, Peter Pan

Photographie Antoine Schoenfeld

 

Bonjour à tous !

Aujourd’hui, nous nous retrouvons pour un article un peu différent puisqu’il s’agit d’une interview de Michael Roch réalisée à l’occasion de la sortie de son livre Moi, Peter Pan.

 

De notre avis c’est un livre qu’il faut lire, et si cela vous intéresse nous vous invitons à aller consulter notre chronique paru à la sortie du bouquin en suivant le lien.

 

Suite à cette lecture, on avait envie d’approfondir et on a pu poser quelques questions à l’auteur himself que nous remercions chaleureusement pour sa disponibilité et sa grande sympathie (et je dis pas ça juste parce que Michael est très grand !). Cette interview a été réalisée lors du Festival les Oniriques à Meyzieu (du 10 au 12 mars dernier). Nous aurions bien aimé vous faire partager cette interview en vidéo, mais pas mal de bruits périphériques et un manque de compétences dans le domaine, nous en empêchent. La prochaine interview filmée devrait être la bonne !

 

Par ailleurs, nous tenons également à remercier le Peuple de Mü ainsi que toute l’organisation du Festival sans qui cette interview n’aurait pas pu avoir lieu.

 

  1. Quelques mots sur l’auteur pour commencer.

 

Pour ceux qui ne le connaîtraient pas, on peut dire que Michael Roch a plusieurs casquettes : nous, on le connaît d’abord sous le nom de Kilke dans la Brigade du livre (si vous ne connaissez pas cette chaîne Youtube, il est temps de la découvrir juste ici) où Michael Roch agit en qualité de vidéaste et prescripteur ! Par ailleurs, et évidemment, Michael Roch est auteur. Outre Moi, Peter Pan, qui va nous intéresser aujourd’hui, on peut citer Mortal Derby X, paru chez Walrus (pour résumer rapidement, un mélange entre un Gunnm Last Order et un pulp débridé façon Mad Max). Si vous êtes curieux vous pouvez le trouver ici à tarif tout doux en ebook, pourquoi s’en priver ?

 

 

  1. Les questions du dragon.

 

WAAD (ça c’est nous, mais c’est Eacide qui parle)

Bonjour Michael, merci d’accepter cette interview. La première question qui nous est venue est la suivante : Moi, Peter Pan est un livre qu’on peut entendre. D’ailleurs, tu as fait une série de trailers avec des extraits lus. Est-ce que l’oralité est quelque chose que tu as en tête quand tu écris, est-ce que c’est quelque chose d’important pour toi ?

 

Michael Roch

Pour Moi, Peter Pan, oui, il fallait que ça soit oral. Déjà, parce que le récit est à la première personne du singulier : c’est un récit où l’on est dans les pensées de Peter Pan, donc oui, sa narration est orale. Il exprime ses émotions et ses sentiments et il fallait garder cette oralité. Après, c’est quelque chose qui est apposé à ce texte parce qu’il est construit de cette manière là, mais cela ne relève pas du tout de mon style d’une manière générale : chaque texte a sa manière d’être raconté . Chaque texte est vu d’un point de vue différent, tout simplement.

 

WAAD

Il y a tout un jeu sur les sonorités, les assonances, les répétitions, des choses qui sont particulièrement recherchées. Est-ce que c’est quelque chose qui est facile à faire ou est-ce qu’à l’inverse ça suppose un gros travail derrière ? Est-ce que c’est dur de formuler quelque chose de facile justement ?

 

Michael Roch

Je pense que c’est la manière dont s’exprime Peter Pan intérieurement et avec les autres. C’était à la fois facile et complexe à mettre en place. C’est une recherche de rythme et de poésie en prose. C’est pour ça que c’est complexe parce que je vais chercher justement ce rythme là. Mais c’est également facile parce que je m’y applique chaque fois que j’essaie de caractériser un personnage de manière particulière. J’avais déjà fait ça pour Radius, un roman en ligne coécrit avec plusieurs autres auteurs et paru chez Walrus, dans lequel un personnage, un vieux capitaine marin, ne s’exprimait qu’en propositions subordonnés. Il commençait chaque phrase avec « que » et disait « il » au lieu de « je ». Par exemple, il disait « Qu’il doive naviguer sur la mer ». Du coup, cette recherche de rythme différent, parfois argotique, c’est un exercice auquel je me plie régulièrement et j’ai un peu l’habitude de travailler comme ça.

 

WAAD

Il y a beaucoup de concepts dans ce roman, un peu vagues, comme « le quelque chose », le « tout ça ». Est-ce finalement un retour à l’enfance, lorsqu’on ne met pas encore des mots sur les concepts ? Ou est-ce que c’est quelque chose que tu voulais vague parce que ça te parlait plus comme ça ?

 

Michael Roch

C’est vague parce que ce sont des émotions qu’on ne caractérise pas forcément. On vit chaque jour des choses qui sont immédiates et tangibles, sans que l’on puisse poser de mots dessus. Pour ma part, ça m’arrive souvent, et je fais parfois référence à des choses vécues, des choses ressenties. Dans ce cas, ce sont les termes que j’emploie, tout simplement. Je voulais dans un premier temps garder le récit : ces réflexions de Peter je voulais qu’elles sortent dans cette immédiateté et qu’elles ne soient pas directement perçues par le personnage. Sinon, ça serait trop facile, plus assez vivant, trop explicatif. Peter est un personnage toujours au fleur de ses émotions et il a besoin de ce processus pour pouvoir grandir et avancer. Cela passe par cette non-identification des émotions, alors même qu’elles sont là. Au final, même si ces émotions ne sont pas décrites dans le texte, elles sont dessinées de sorte qu’on comprenne de quoi Peter parle.

 

WAAD

Ce poids des mots est un des enjeux forts du texte. Tu crois, d’une manière générale, au pouvoir des mots ?

 

Michael Roch

Ah oui, complètement ! Les mots ont cette résonance, en tout cas pour certain d’entre nous. Ils ont un certain pouvoir, plus ou moins important et plus ou moins grand, sur nos vies et ils touchent tout le monde de toutes les manières. Il y a toujours une manière de les prononcer pour faire basculer quelqu’un ou déclencher quelque chose, actionner un déclic qui va le propulser dans une autre dimension de lui-même. Et c’est pour ça qu’il y a cette poésie peut-être de la langue dans le texte, parce qu’il y a ce pouvoir là.

 

WAAD

Effectivement, on sent bien qu’il y a un jeu avec le lecteur. C’est un procédé que l’on retrouve notamment sur la construction du texte, avec des appels d’un chapitre sur l’autre. C’est ce qu’on retrouve aussi dans la brigade du livre.

 

Michael Roch

Ah, tu trouves ?

 

WAAD

Dans la brigade du livre, fréquemment, une phrase dans un épisode annonce l’épisode d’après. Enfin, pour ma part, je l’ai vécu comme ça, donc j’imagine que je dois pas être le seul, enfin j’espère ?

 

Michael Roch

Oui, je joue beaucoup. Dans Moi, Peter Pan, je le fais particulièrement. Parce que le personnage est joueur. Donc oui, il joue avec son monde, construit, comme tu le dis, en miroir. C’est une technique d’écriture en réalité d’utiliser les détails qui sont anodins dans un texte et de les rendre beaucoup plus importants dans un autre texte. C’est une manière de créer des échos et de créer de la cohérence entre les textes. Ça n’est pas toujours voulu, mais c’est souvent un ressort dont je me sers. Par exemple, lorsque je ne sais pas trop comment continuer un texte, je vais chercher un détail précédent qui ne sert strictement à rien dans un texte et je le réutilise. Je le réaménage pour le faire vivre, un peu comme une fleur : on a un bourgeon quelque part et puis on le greffe ça nous fait un autre truc.

 

WAAD

Est-ce qu’il y a des chapitres qui ont supposé que tu sortes vraiment de ta zone de confort et à l’inverse des chapitre qui ont coulé tout seul, dans Moi Peter Pan ?

 

Michael Roch

J’ai appris à écrire de manière la plus libre possible, de faire en sorte que ça coule tout seul. Pour Moi, Peter Pan, l’écriture coulait toute seule mais il y avait une grande phase de maturation du texte dans ma tête. Le but était que lorsque je me mettais sur la feuille, il fallait que le texte coule. Généralement, chaque chapitre s’écrivait en deux demi-journées.

 

WAAD

Et du coup après il y a eu un gros travail éditorial ?

 

Michael Roch

Après, il y a surtout eu un travail de réécriture. Il fallait réaménager l’ordre des chapitres et puis quelques passages qui manquaient de rythme devaient être retravaillés. Mais d’une manière générale, il y a pas eu un énorme travail de réécriture, le texte était plutôt bon dans ses premières versions.

 

WAAD

Autre question, est-ce que c’est un livre que tu as voulu avec une morale ? Est-ce qu’il y a une espèce de fil rouge ou est-ce que finalement c’est juste ce personnage de Peter Pan qui est et qui existe et décliné sur plusieurs thèmes ?

 

Michael Roch

C’est un bouquin qui parle d’une philosophie de vie, d’une philosophie existentielle qui n’a rien à voir avec la philosophie abstraite comme on l’a avec Descartes et tout un tas d’autres philosophes dont le nom m’échappe présentement. Pour autant, je ne parlerais pas de morale, ce sont juste des réponses à des problèmes que la vie soulève et auxquelles chacun peut être confronté un jour ou l’autre. Ce sont des réponses que j’ai trouvé moi personnellement mais qui peuvent marcher dans d’autres situations, tout le monde peut ne pas être d’accord avec elles, mais en tout cas elles marchent.

 

WAAD

Si tu as lu la chronique, j’avais justement en tête que le roman posait plus de problèmes qu’il ne trouvait de réponses. Ce n’est pas comme ça que tu le vois du coup ?

 

Michael Roch

Tu n’es pas tout à fait dans le faux. Le fil rouge du texte, c’est Peter Pan qui ne peut plus s’envoler du pays imaginaire tant qu’il n’a pas affronté ses peurs et trouvé le mot qui lui correspond, qu’il garde au fond de lui et qui lui permet justement de partir à l’aventure. Tant qu’il n’a pas affronté ses peurs, il ne peut pas avancer et affronter son destin. Il est dans cette confrontation constante avec son monde, et de ce côté-là, oui, c’est très pessimiste. Mais d’un autre côté Peter arrive au fur et à mesure des chapitres à trouver en lui ce qui résonne dans chacune des confrontations. Malgré la souffrance et la tristesse, il y a toujours un truc qui fait qu’on peut trouver la force de continuer et d’aller plus loin.

 

WAAD

On se rend compte au fil des chapitres qu’être Pan est plus une fonction qu’une individualité. D’où t’es venue cette idée ?

 

Michael Roch

C’est une référence à la BD de Loisel où Peter est le second Peter Pan.

 

WAAD

Concernant le texte, c’est tout. Si tu le veux bien, on va passer à des questions plus générales et personnelles. La première est la suivante : si tu devais recevoir un prix réel ou fictif pour Moi Peter Pan, lequel tu voudrais ? Tu as le droit d’en inventer, le prix du bouquin le plus optimiste par exemple…

 

Michael Roch

Ah oui d’accord. Pour Moi Peter Pan… C’est une bonne question… Qu’est ce qui serait la caractéristique de ce bouquin ? Pour pas reprendre le prix de l’optimisme sinon ce serait trop facile… Je dirais le prix du rêve le plus réel.

 

WAAD

Ça me paraît pas mal ! Autre question, quand tu écris, est-ce que tu écoutes de la musique ? Et si oui, quoi ?

 

Michael Roch

Parfois j’écoute de la musique, parfois pas. Quand j’écoute de la musique, il faut que ça soit instrumental, pas de paroles. C’est souvent de la musique électronique genre minimale ou quelque chose comme ça. Quelque chose de très calme et relaxant et en même temps avec des petits pics de rythme. Souvent c’est assez étrange : quand tu écris des scènes le rythme s’accorde avec la musique sans que tu le veuilles précisément.

 

WAAD

Pour parler de la genèse du projet, Moi, Peter Pan est parti d’une nouvelle, ensuite augmentée pour être auto-éditée, et ensuite complétée une nouvelle fois pour former le roman. De quoi parlait la nouvelle ?

 

Michael Roch

Alors en fait le thème de l’atelier d’écriture c’était « Du cauchemar au récit », et il fallait personnifier une peur et la combattre. J’ai personnifié la peur d’affronter son destin et je me suis dit que ça collait au personnage de Peter Pan. Si la peur était un pirate, un capitaine de bateau, le personnage en face de lui pouvait bien être Peter Pan. J’ai donc créé cette première nouvelle, qui s’appelait à la base « Je ne suis pas linéaire », une des répliques de Peter Pan dans le bouquin. Cette nouvelle était destinée à un recueil de nouvelles pour une œuvre caritative. Comme elle avait eu un certain succès au sein de l’atelier d’écriture, j’ai écrit trois autres chapitres et vu ce que ça donnait auprès de mon lectorat habituel. C’est de là qu’est partie cette version courte, auto-publiée, qui n’a pas énormément marché. Les quelques-uns qui l’ont lu ont été très contents. Mais surtout, Davy, l’éditeur du premier recueil de nouvelles, voulait la suite. J’ai mis un petit moment à écrire la suite parce que je voulais mettre des choses dedans tirées de ma propre vie. Il fallait que je vive ces choses-là.

 

WAAD

Peux-tu nous expliquer qui est Croque ?

 

Michael Roch

Croque, c’est un crabe que j’ai rencontré moi-même sur une plage. Je suis allé m’installer en Martinique, là-bas il y a des crabes sur toutes les plages qui sortent au coucher du soleil. Certains sont plutôt gros et agressifs, ils défendent leur territoire, et d’autres sont petits et très craintifs. Un jour, sur une plage, j’en ai croisé un et j’ai eu envie de l’embêter avec un bâton comme on fait toujours. Et ce con, il est resté là à vouloir pincer le bâton avec moi. Sans être belliqueux ou peureux quoi. J’ai joué un peu avec lui avant de m’ennuyer et de repartir. Mais du coup j’ai gardé ça pour le texte.

 

WAAD

Question super importante maintenant : y’a-t-il des dragons au pays imaginaire ?

 

Michael Roch

Il peut ! Il peut y avoir des dragons étant donné que le pays imaginaire appartient à tout le monde. Barrie le dit : le pays imaginaire est à l’image de celui qui rêve. On peut y placer tout et n’importe quoi.

WAAD

Quel rapport tu fais entre pays imaginaire et rêve ? Parce qu’il y a quand même une cartographie du pays imaginaire finalement ?

 

Michael Roch

Il y a une cartographie qui a été dressée par tous ceux qui ont créé autour du pays imaginaire. Et j’essaie de respecter ça pour donner une espèce de cohérence globale sur tous les Peter Pan qui ont été créés. C’est pour ça que le texte ne s’appuie pas uniquement sur le récit original de Barrie, mais aussi sur Hook de Spielberg, ou le Peter-Pan de Loisel.

 

WAAD

On a fait le tour des questions que je voulais te poser, je te remercie encore. J’attends maintenant la suite. J’ai vu que tu avais sorti une vidéo de la brigade pour expliquer tes projets du moment, donc je vais me contenter d’y renvoyer. En tous les cas, c’était une excellente lecture !

 

Michael Roch

C’est cool que ça t’aie plu. La suite, ça ne sera pas la suite de Peter Pan, mais il y a le jeu Below et puis un roman pulp qui paraîtra chez Walrus, à base de samouraïs et de dinosaures, voilà.

 

Nous on a hâte de voir et de lire ça en tout cas ci ! Vous trouverez ci-dessous des liens pour ceux qui veulent aller plus loin :

Le peuple de Mü

Le festival Les Oniriques

Pour l’acheter, c’est par ici !

Pour approfondir, n’hésitez pas à aller écouter cette conférence sur Peter Pan !

N’hésitez pas à nous faire part de vos remarques en commentaires et à partager cet article, on vous dit à très vite pour une prochaine chronique !

Draconiquement.

1 commentaire sur “Interviewons… Michael Roch, l’auteur de Moi, Peter Pan

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