What about : Les mystères de Larispem.

Bonjour à tous,

 

Aujourd’hui nous nous retrouvons pour une nouvelle chronique (hip-hip). On vous livre notre avis sur le roman : Les Mystères de LARISPEM, tome 1, Le sang jamais n’oublie de Lucie Pierrat-Pajot.

 

Alors oui, vous le remarquerez (ou pas), on sort ici des maisons indépendantes qu’on a l’habitude de chroniquer. Ce livre est édité par Gallimard Jeunesse et nous avons décidé de nous y attarder notamment parce qu’il a remporté la 2ème édition du concours du premier roman organisé par Gallimard Jeunesse, RTL et Télérama. Cette compétition avait révélé la série La Passe-Miroir de Christelle Dabos avec le succès qu’on lui connaît.

 

Pour couronner le tout, nous avons eu la chance d’obtenir une dédicace de l’autrice à l’occasion des Oniriques de Meyzieu (si une alarme s’est allumée dans votre tête, vous signalant : « On dit une auteure et pas une autrice ! », je vous invite à faire un tour sur cet article).

 

So What ? :

 

On ne fait pas l’impasse sur un court résumé, même si je vous le dis d’emblée, il va être assez compliqué de donner des détails sans révéler les enjeux de l’intrigue. Les Mystères de Larispem se présente comme une uchronie : Paris est indépendante suite à la victoire de la Commune et a été renommée Larispem (d’où le titre #C’estDingue). Nous baignons dans une atmosphère à vapeur chaleureuse. Cette cité-État est un formidable laboratoire steampunk où nos personnages sont confrontés à des automates et inventions tout droit sortis de l’univers de Jules Verne. Les métiers sont ici organisés en castes, dominées par les bouchers. Effet de l’uchronie, la qualité de vie des habitants est au cœur des préoccupations de la cité : que chacun puisse manger de la viande est une des avancées de la cité-État.

 

Dans ce roman, nous suivons, dans un style feuilletonnant, trois personnages principaux, Liberté, Carmine et Nathanaël. Au quotidien des personnages, rapidement bouleversé par les remous causés par une société secrète au sein de la ville, s’ajoute un élément fantastique, véritable enjeu du roman (mais je vous laisse le découvrir).

 

L’écriture est parfaitement fluide. Nous sommes pris entre moments du quotidien et action plus générale nouant les destinées des personnages dans le récit. Ce style met en valeur des personnages atypiques et attachants. Tout au long du récit, une part de mystère est entretenue aussi bien sur l’intrigue que sur les protagonistes. J’ai lu cet ouvrage d’une seule traite et la suite rejoindra notre bibliothèque dès sa sortie.

 

L’histoire semble au moins partiellement faire référence à l’œuvre d’Eugène Sue, Les mystères de Paris. Cette série en 10 volumes peut immédiatement être mise en relation avec l’ouvrage de notre chronique au niveau de son titre, et nous espérons que la série de Lucie Pierrat-Pajot connaîtra la même longévité. On peut tout à fait interpréter certains éléments de ce roman comme des clins d’œil à l’œuvre d’Eugène Sue : les caractéristiques de certains personnages ; la forme de feuilleton, etc.

 

Je dois dire que ce livre est tombé à pic. N’ayant pas envie d’une lecture trop complexe, mais ayant tout de même envie d’un univers développé donnant suffisamment de structure, ce livre était le parfait candidat. Avec son écriture efficace, son univers riche et étonnant, et le mystère qui nous fait tourner les pages, Lucie Pierrat-Pajot signe ici un très bon roman jeunesse ou young adult.

 

Je vous invite à explorer d’autres perspectives sur Les Mystères de Larispem avec nous juste en-dessous.

 

I. Uchroniquement vôtre.

 

Dans les littératures de l’imaginaire, j’attache beaucoup d’importance à l’univers dans lequel baignent les personnages. Ici, que ce soit en terme d’ambiance ou de background, on est servis. Plus qu’une simple uchronie, c’est une uchronie fantastique. Les codes de l’uchronie sont respectés : il s’agit d’une réécriture historique de 1899 dans laquelle le sort de la Commune de la Paris est différent puisque celle-ci est sortie victorieuse. Cela permet un large bouleversement et nous avons plaisir à nous baigner dans un Paris vivant la révolution industrielle dans son brouillard à vapeur, ses petites rues, et ses sociétés secrètes. Par ailleurs, Le sang jamais n’oublie n’est pas un titre anodin mais une véritable prophétie accompagnant la découverte d’une organisation, les frères de sang, pratiquant une science occulte et terrorisant nos chers larispemiens.

 

L’esthétique globale appelle le steampunk puisque Jules Verne est une double référence de cet ouvrage, et l’uchronie prend vie sur cette ambivalence. Nous sommes ici carrément dans la mise en abyme puisque Jules Verne est un personnage avec lequel compter. La couverture elle-même rappelle sans équivoque une couverture de Jules Verne, voyez plutôt avec cette couverture de 20.000 lieues sous les mers .

 

La géométrie, les dorures (qui décidément sont sur tous les livres que je lis) ainsi que les objets volants sont des éléments communs qui sautent aux yeux. L’image se découpe en sous-illustrations reflétant des éléments de l’histoire. On y voit la vapeur parisienne et les rouages, métaphore des leviers à l’œuvre dans le scénario. Si je devais émettre une réserve, je trouve que les petites illustrations dépeignent un ouvrage un peu plus sombre qu’il ne me paraît, notamment relativement à la personnalité des protagonistes. Bien-sûr, ce n’est pas complètement décalé mais je trouve qu’elles participent d’une ambiance plutôt sombre qui n’est pas ce que j’ai le plus apprécié. Cela n’enlève rien à la qualité de sa couverture et des illustrations qui accompagnent notre lecture tout du long.

 

Je voudrais ajouter que cet ouvrage ne s’inscrit pas à mon sens dans la dystopie. La dystopie est le miroir d’une utopie qui aurait « mal tourné ». Or ici, c’est bien la bifurcation historique qui est le fondement de l’histoire et non la fondation d’un « idéal ». Je n’ai pas eu l’impression de lire une dénonciation ou un éloge de la Commune. La ville de Paris est un espace de jeu littéraire, l’uchronie est au service de la narration.

 

II. Du louchebem au loufoque.

 

Un aveu pour commencer : je pensais reléguer ce livre au fin fond de la PAL parce qu’il semblait que les bouchers avaient une place importante (déduction faite du fait qu’ils constituent la caste dominante). Une histoire sombre à base de chambres froides et de cadavre d’animaux n’était pas pour me faire rêver. Je craignais par ailleurs un pendant partisan de l’ouvrage, prônant ou condamnant le végétarisme. Cela n’aurait pas été choquant qu’un tel sujet ressurgisse dans la littérature de jeunesse, étant donné l’ampleur du débat actuellement. Je qualifierais cette lecture de lecture « plaisir », aussi l’introduction d’une potentielle polémique me dérangeait.

 

La lecture m’a, en ce sens, donné satisfaction puisque, sauf mauvaise interprétation, l’ouvrage n’est ni un éloge de la boucherie ni l’inverse. Les bouchers, ou louchebem, sont un élément scénaristique, rien de plus. Cela semble parfaitement justifié au vu de la date du récit : 1899. Par ailleurs, ce n’est pas non plus l’occasion de longues descriptions de chair morte en chambre froide, ce qui me convient complètement. Bref, un végétarien peut le lire sans fermer les yeux quoi.

 

La caste des bouchers permet d’insérer des éléments scénaristiques qui me semblent orignaux pour le récit. Le dialecte boucher (qui existe par ailleurs réellement) donne une profondeur aux dialogues. Ce jargon permet de créer une vraie sensation de dépaysement par rapport au français. Mais dans le même temps, ce dépaysement ne rend pas la lecture du texte moins fluide. On comprend tout en ayant véritablement l’impression d’être dans une autre langue. Cela apporte beaucoup au récit et à la qualité littéraire.

 

Le mot « Larispem » est une conséquence directe de ce dialecte. Paris devient Larispem. Le fonctionnement est le suivant : on place la première lettre du nom à transformer à la fin ce qui nous donne : « arisp » qu’on encadre respectivement de la lettre « l » et de la syllabe « em ». Le résultat obtenu pour « Paris » est : LARISPEM. L’ensemble du langage boucher, qui est récurrent dans cet ouvrage, fonctionne ainsi. La syllabe de fin peut être autre par exemple « que », comme c’est le cas pour Loufoque.

 

III. Une intrigue qui se dévore (et je ne parle pas de viande).

 

 

Nous sommes dans un roman choral à trois voix : d’abord nous avons Carmine jeune fille athlétique à la peau noire faisant partie de la caste des bouchers puis Liberté qui est décrite comme « nettement plus dodue » que Carmine et qui est mécanicienne pour automates, enfin, nous avons Nathanaël, orphelin qui vit dans un orphelinat (#MerciCaptainObvious).

 

Carmine et Liberté sont deux proches amies et nous retrouverons des chapitres liant les deux personnages. En revanche, Nathanaël ne les connaît pas même si on comprend rapidement que son destin sera inévitablement lié à Carmine et Liberté par la suite.

 

L’intrigue emprunte aux codes du feuilleton. Nous sommes balancés entre éléments de la vie courante des personnages et intrigue de fond, ce qui rend les personnages parfaitement attachants. Cette forme d’écriture renforce l’héritage d’Eugène Sue. C’est à mon sens une véritable force du roman, qui se lit du coup très rapidement. Ce livre est une histoire à dévorer.

 

La force du roman choral est de nous impliquer dans plusieurs couches de scénarios. Plusieurs thèmes mineurs sont traités, certains plus sombres que d’autres, comme le terrorisme. On prend réellement plaisir à se balader dans les rues de Paris en compagnie de personnages charmants. On ne demande qu’à percer ces mystères fantastiques.

 

L’ouvrage résout en lui-même très peu d’enjeux et n’a de cesse d’en créer de nouveaux. On peut citer notamment l’annonce du jeu de l’oie grandeur nature qui arrive relativement tard et qui n’est pas encore traité dans ce tome. Mon intérêt ayant été suscité dans ce premier tome je lirai la suite avec plaisir.

 

En conclusion, ce livre a été une excellente lecture friandise, extrêmement divertissante.

 

J’espère que cette chronique vous a plu. N’hésitez pas à nous dire ce que vous avez pensé du livre ! J’espère que le succès de la Passe-miroir n’ombragera pas trop l’éclat de ce petit ouvrage qui mérite une bonne place dans les rayons jeunesse.

 

Pour être informé de nos prochaines chroniques, n’hésitez pas à nous suivre sur les réseaux !

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