What about… Le Club des punks contre l’apocalypse zombie ?

Couverture par Diego Tripodi

 

Les amis, je crains que rencontrer le Dragon m’ait doté d’une nature subversive…

 

Imaginez alors l’attrait que représente pour moi un livre dont le titre est « Le Club des punks contre l’apocalypse zombie? », écrit de surcroît par l’auteur de l’excellent « Fées, weed et guillotines », j’ai nommé Karim BERROUKA.

 

Assouvissant ma curiosité, j’ai rencontré l’auteur, icône punk officiant au sein du groupe reformé Ludwig von 88, à l’occasion des Imaginales. Le dialogue qui suit est authentique :

 

« – Bonjour, j’ai beaucoup aimé votre précédent roman, de quoi parle celui-ci ?

– Tu as bien aimé « Fées, weed et guillotines » ?

– Euh oui, j’ai adoré.

– Et bah c’est pas la suite. »

 

L’œuvre est à l’image de son auteur : drôle, absurde, trash et, à mon avis, très intelligente. Mais voyons ça de plus près avant d’en tirer des conclusions.

I – Des coraux, une chorale ?

 

Avant toute chose, et comme il est d’usage, de quoi ça parle ?

 

Eh bien, d’une bande d’amis qui affrontent l’Apocalypse (quoi, encore ?) en luttant contre des zombies qu’un événement inconnu a déchaîné. Classique quoi…

 

Enfin sauf que les potes en question sont tous des marginaux à leur façon, et que leurs réactions diffèrent un tantinet de ce à quoi on est habitués, défonce et alcool aidant (vous attireriez des zombies près d’une planque de la BAC pour rigoler, vous ?).

 

Et puis les zombies présentent quelques particularités comportementales, ce qui, sans trop rentrer dans les détails pour ne pas vous gâcher cette magnifique découverte, est assurément nouveau.

 

Ah, et puis aussi l’objectif de cette joyeuse bande est de promouvoir l’auto-gestion à Paris, en commençant pas hisser le drapeau noir de l’anarchie au sommet de la Tour Eiffel (enfin, pour certains… Les autres se satisferaient sans doute d’une vie casanière à consommer des drogues diverses).

 

Bref, vous l’aurez compris, on échappe très vite à une énième resucée des récits de zombie pour arriver droit sur une fable anarcho-punk délirante, croisant les récits et les destins d’individus partageant le même squat et répondant au doux nom de « Collectif du 25 ».

 

Pourtant, les risques étaient nombreux en s’attaquant à ce type de scénario : violence gratuite, utilisation artificielle de suspens et situations clichés. L’auteur évite tous ces écueils et, bien que je ne souscrive pas spécialement à la mode du roman choral (la chorale fût-elle punk), il faut reconnaître que lorsque c’est bien fait, et ici c’est le cas, on ne s’ennuie jamais.

 

On suit donc les tribulations de Deuspi, Eva, ou encore Kropotkine (c’est un surnom, bien sûr), dans un Paris ravagé et dans lequel subsistent ça et là quelques poches de survivants, aux motivations plus ou moins douteuses.

 

Bien entendu, de groupe soudé, les protagonistes deviendront bientôt errants épars, mais j’y reviendrai.

 

Toujours est-il que Karim Berrouka parvient à maintenir un récit haletant dans lequel, autant le dire tout de suite, l’humour est pourtant le maître-mot, loin devant le suspens et très, mais alors très, loin devant l’horreur (encore qu’il faille reconnaître qu’imaginer un zombie Bogdanoff peut faire peur).

 

S’il était de toute façon difficile de douter de son talent d’auteur en lisant son précédent roman, il prouve cependant que l’apocalypse zombie a encore des choses à raconter, ce qui n’était pas une mince affaire au regard de l’omniprésence du phénomène, et plus encore : que la plupart des passages obligés dans ces récits étaient… et bah pas obligés du tout en fait.

II – Épiphanie dans ta face !

 

Cette richesse narrative vient, à mon sens, d’une plus grande importance accordée au mot « apocalypse » qu’au mot « zombie » dans l’expression consacrée « apocalypse zombie ».

 

Parmi tous les fondements à l’origine des histoires de zombis, la thèse religieuse est, sauf erreur, très rarement exploitée. Alors, nécessairement, quand Dieu et Diable se disputent la Terre par zombis et survivants interposés, la quête de nos héros devient absolument fantastique.

 

Au grand malheur de Kropotkine (vous savez, l’opium du peuple, tout ça tout ça), les événements prennent rapidement une tournure mystique, et l’Histoire s’écrit dans un livre sobrement intitulé « Le Grand Livre du Trash ».

 

Sans rentrer trop dans les détails, c’est à travers moult visions épiphaniques et événements qu’on pourrait dire miraculeux que nos personnages se croisent et se décroisent sans cesse.

 

Paradoxalement, tout cela fait sens dans un contexte maintenu de lutte des classes (oui, parce que si vous pensiez que la fin de toute chose voulait dire fin du patronat, vous vous trompiez, le MEDEF compte bien pérenniser le concept) et fait du combat idéologique, finalement, un combat entre fois.

 

Le rapport à la hiérarchie est particulièrement développé, en ce que les habitants du 25, qui abhorrent les rapports de domination, sont contraints de réaliser de grands desseins célestes en abolissant une hiérarchie bien plus terrestre.

 

Par ailleurs, la violence importante qui se niche entre les pages du roman s’exerce au nom d’une certaine justice, et d’une certaine morale, ce qui constitue, pour un lecteur attentif, une métaphore subtile des croisades au sens large : la fin justifie-t-elle toujours les moyens, surtout en matière de foi ?

 

Bon, évidemment, avec son écriture drôle et cynique, l’auteur construit surtout un parfait manifeste de l’auto-gestion en épinglant de façon jouissive à qui mieux mieux le MEDEF, l’église, et la société de consommation qui construit finalement très bien les zombies que nous pourrions devenir.

 

Toutefois, tout l’humour du monde ne saurait camoufler une inquiétude réelle sur la tournure actuelle des événements et une pensée politique profonde.

III – Du chaosmos comme principe directeur.

 

Ainsi, en fin connaisseur du milieu punk, et des pensées libertaires, Berrouka opère nettement la distinction entre chaos et anarchie : au premier s’oppose l’ordre, au second le pouvoir.

 

Aussi, il n’est pas surprenant de constater que ce roman n’a que l’apparence d’un récit chaotique : les personnages ne recherchent pas le chaos, loin s’en faut, mais luttent contre les derniers vestiges d’un pouvoir à leur sens illégitime en promouvant l’anarchie et l’auto-gestion.

 

Malgré leurs actions erratiques, d’autant qu’ils se trouveront, par la force des choses, séparés, un véritable ordre naît dans le désordre.

 

Pour reprendre Joyce, il s’agit d’un chaosmos et cela prend la forme d’une spirale qui enferme les destins des protagonistes et les emmène progressivement vers la résolution.

 

Il est amusant de noter que cette structure spiralaire intégrée au récit forme une mise en abyme du roman lui-même.

 

La régularité des prises de parole des personnages ainsi que la construction très rythmée et codifiée participe à créer un effet qui renforce le mysticisme évoqué plus haut.

 

En jouant sur les symétries et les dualités, Berrouka parvient à semer le trouble dans l’esprit du lecteur qui voit, dans un premier temps, les personnages apparaître et disparaître sans se poser de questions. Toutefois, à la relecture, ou en résumant le livre, on s’aperçoit de motifs récurrents qui jalonnent intelligemment le récit.

 

Pas très clair hein ? Bon, un exemple alors. Mettons qu’un personnage A soit confronté à un ennemi B. Dans la plupart des romans, la résolution ne répond à aucune règle particulière, mais ici, le plus souvent la clé de la victoire repose dans un personnage C, qui est lui-même confronté à un ennemi D. Toute une chaîne de causalités est mise en place et, dès qu’un déclencheur est activité : BOUM ! (enfin littérairement j’entends).

 

En bref, toute la mécanique est savamment huilée sans qu’on s’en aperçoive particulièrement, et toutes les actions et surtout leurs conséquences semblent à la fois absurdes et magnifiquement logiques.

So what ?

 

Que dire au final sur ce livre qui ne soit pas déjà perceptible dans son titre ?

 

Il s’agit d’un roman frais, parce qu’il renouvelle le genre des zombies, intelligent, parce qu’il a le mérite d’ériger en héros ceux qui sont normalement à la marge, et surtout absolument et terriblement drôle.

 

Dans sa volonté de construire une quête mystique autour de punks défoncés, l’auteur créé une œuvre à mi-chemin entre le très sérieux « Punk Rock Jesus » et le plus léger mais so british « De bons présages » (dont l’inspiration, au moins distante, se fait d’ailleurs parfois ressentir).

 

Un putain de bon roman, un putain de bon moment et assurément une de mes meilleures lectures dans ce style.

 

Diantre, je m’égare, et comme dirait le Captain : « Language »…

 

J’espère que cette critique vous aura plus et n’hésitez pas à commenter et à nous suivre sur Facebook et Twitter pour être au courant de notre actualité !

 

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