What about… Lémuria ?

Illustration par Chabeuh

 

Salut les dragonautes ! Ce soir on se retrouve pour parler littérat…

 

« – Ah bah enfin ! »

 

« – C’est vrai ça à la fin, on s’en fout de la musique nous ! »

 

« – Ouais, et pis en plus le dernier article c’était même pas une chronique d’abord ! »

 

« – Wowowow, calm down ! Alors, d’abord on va bien tous se détendre OK ! »

 

(Note : Ce soliloque énervé vous était offert par le blog What about a dragon ?)

 

Ça fait un petit moment que je n’ai pas posté de chronique, mais fort heureusement le très bon livre que voici va me permettre de me remettre dans le bain ! Et justement, immergeons-nous.

 

Le pitch :

 

Lémuria est un roman destiné à la jeunesse, présentant une grille de lecture adulte assez subtile et complexe, et qui nous raconte les aventures (entre autres) d’Angelette et Andry, deux enfants choisis par les Lémuriens, antiques habitants de notre planète, pour sauver le monde. Rien de moins.

 

Dans le très riche univers aux inspirations malgaches développé par l’auteur, Ménéas Marphil, on voit abordés des thèmes aussi larges que l’amitié à l’heure des réseaux sociaux, la repentance, le sens du devoir et la cosmogonie. Mais voyons cela plus en détails.

 

                   La lémurie cartographiée par William Scott-Elliott

I – Un univers incroyablement dense.

 

C’est le point principal du roman, le plus marquant à mon sens : Lémuria développe un univers absolument fascinant.

 

Partant du postulat, inspiré d’une certaine tradition hésiodique, que les civilisations se succèdent sur Terre, dans un cycle non achevé, l’auteur questionne la relation qu’une espèce entretient avec le monde qu’il habite. Sans vouloir gâcher votre plaisir, sachez ainsi que dans ce paradigme, chaque civilisation nous ayant précédé a été confrontée à des choix qui ont mené à une troisième (ou quatrième) humanité : la nôtre.

 

En nous plongeant dans cette cosmogonie originale et méconnue, l’auteur parvient à susciter l’intérêt du lecteur aventureux autant que celui du lecteur attentif qui y verra de nombreuses métaphores générationnelles.

 

Par ailleurs, Ménéas Marphil use d’un vocabulaire riche et varié pour aboutir à des ressorts stylistiques qu’on penserait réservés à des auteurs horrifiques, notamment dans ses descriptions de ce que l’humain ne peut appréhender. Ainsi, les enfants sont amenés à voyager entre les dimensions à travers un réseau primordial que l’auteur appelle Hazoumang. Et ce réseau indescriptible est une merveille littéraire à bien des égards. D’imagination d’abord, puisqu’on y voit un chaosmos nommé là où la plupart des récits choisiraient des transports plus conventionnels. D’écriture ensuite puisque l’auteur nous emmène dans ses descriptions sans sens (au sens strict) avec la maestria d’un amoureux des mots.

 

Toutefois, l’univers seul ne pourrait suffire à apprécier le roman. C’est la raison pour laquelle, roman jeunesse ou pas, aucune concession n’est faite par l’auteur dans le choix des mots, des images et des sens. Ce qui nous amène à la deuxième grande qualité de l’ouvrage…

 

II – Une juste estimation des lecteurs.

 

Un écueil fréquent en littérature jeunesse est la mauvaise estimation que l’on peut faire des capacités des jeunes lecteurs à démêler les intrigues, à comprendre les sous-entendus et à s’accrocher à une situation complexe.

 

Ménéas Marphil balaye ces questions très simplement : l’enfant (dans et hors du livre) a toutes les qualités des grandes personnes, l’imagination en plus. L’œuvre n’est d’ailleurs pas tendre avec les adultes (même si certains échappent à l’ire de l’auteur) et leur vénalité n’a souvent d’égal que leur bêtise.

 

Roman jeunesse, donc, mais pas seulement puisque le sens de l’humour et les jeux de mots nombreux qui ponctuent le récit d’aventure que constitue Lémuria sont autant de pépites littéraires disséminées sur un continent plus si perdu.

 

A ce titre, et s’il est rare que je le formule ainsi, je le conseille à tous les lecteurs, sans distinction d’âge.

 

Cela est d’autant plus vrai que le message véhiculé par le roman s’adresse à tous, non sans une certaine forme de dépit de Ménéas Marphil face à des traits de caractère malheureusement trop humains. Quel est ce message me demanderez-vous ?

 

III – Vivre bien et le faire ensemble.

     Epicure, qui n’est pas l’épicurien qu’on croit !

 

Lémuria présente initialement un constat sombre mais développe ensuite une fable extrêmement optimiste à la bonne humeur très contagieuse.

 

Soyons clairs, cela ne signifie pas pour autant que le monde qui y est présenté est exempt de tous défauts. Il comporte sa part de méchanceté et d’ombre, dont la noirceur va jusqu’à une pulsion génocidaire. Toutefois, l’odyssée (pour reprendre le mot très juste de Joyeux Drille) des zazas (mot malgache pour désigner les enfants) n’est jamais mis à mal par… bah par le mal justement.

 

Roman « feel good » ou plus simplement roman strictement positif, il y a un véritable plaisir libérateur à parcourir ces pages qu’inonde le soleil de Madagascar. OK, j’avoue, c’est peut-être aussi lié à mes dernières lectures… mais vraiment ça fait du bien !

 

En mettant en lumière le rapport au travail et aux tracas du quotidien, l’auteur parvient à une forme de morale proche de l’épicurisme littéral (tous excès gommés donc) qui prône autant l’ascétisme modéré que la solidarité et l’amour entre les êtres vivants.

 

Et oui, oui, c’est complètement salvateur pour un adulte qui se heurte jour après jour à la dureté des actualités et du monde contemporain. Le monde peut changer, c’est Ménéas Marphil qui le dit, et j’ai très très envie de le croire.

 

So what ?

 

Lémuria est une réussite. Tout bêtement. Une histoire simple portée par des personnages attachants à travers un univers métaphorique à strates, le tout suivant un message agréable à entendre et riche d’enseignements. Les ingrédients d’un roman jeunesse idéal auxquels s’ajoute la verve d’un auteur que je vais suivre avec attention.

 

Un remerciement tout particulier à Fred sans qui je ne l’aurais probablement pas lu. Et ça aurait été bien dommage.

 

Pour ceux qui voudraient découvrir cet univers, sachez que le Dépôt Imaginaire organise samedi 14 octobre une journée autour de Lémuria afin de découvrir l’univers de Ménéas Marphil. Allez y découvrir l’oeuvre et n’hésitez pas à nous y faire coucou si vous nous croisez !

 

En attendant, suivez-nous sur les réseaux sociaux et à très bientôt !

 

Draconiquement.

1 commentaire sur “What about… Lémuria ?

  1. Merci la dragonesque (draconique ?) équipe pour cette lecture très fine de Lémuria. Merci à vous d’exister et à bientôt, les occasions ne manqueront pas, puisque j’ai cru remarquer que vous fréquentiez les bons endroits 😉

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