Plumorama : Stéphane Arnier

 
Une nouvelle interview qui apporte un éclairage différent sur les traditionnelles questions du Plumorama.

 

Merci à Stéphane Arnier pour sa gentillesse et sa disponibilité !

 


 

What about a dragon ?

 

Bonjour Stéphane Arnier !

 

Vous êtes l’auteur auto-édité des Mémoires du Grand Automne, une œuvre de fantasy dont le premier tome a remporté le prix « Osez la Publication » en 2015. Vous êtes également nouvelliste et on a pu lire en septembre votre nouvelle Au nom du silence au Labo Walrus.

 

Merci donc d’avoir accepté de répondre à nos questions dans le cadre de ce panorama des plumes de l’imaginaire !

 

Première question, je sais qu’elle est fréquemment posée en salon : est-ce que vous vivez de votre plume ?

 

Stéphane Arnier

 

Bien sûr que non (sourire). Chaque année, mes revenus augmentent, mais ils ne représentent qu’un très maigre complément de salaire. Il me semble que, d’après les statistiques officielles, seuls quelques pourcents d’auteurs vivent de leurs plumes en France.

 

WAAD

 

Si non, est-ce que vous l’envisagez ou l’avez envisagé ? Est-ce que vous aimeriez bien ? Parce que j’ai l’impression que la réponse à cette question altère beaucoup le rapport qu’un auteur peut avoir par rapport à ces thématiques.

 

Stéphane Arnier

 

Écrire est ma passion. Donc est-ce que « j’aimerais bien » gagner ma vie avec mes écrits ? C’est une évidence : cela me permettrait de ne faire que ça tout le temps. Est-ce que je l’envisage sérieusement ? Non. Ou, pour être plus clair, ce n’est pas un objectif que je me fixe. En plus, vous avez raison : cela altère beaucoup le rapport de l’auteur à ces thématiques, mais aussi à ses créations. Je me sens de plus en plus mal à l’aise dans le milieu, car l’obsession générale est la vente, le marketing, les salons, les campagnes de promo, les astuces pour séduire ou se faire voir. Les auteurs n’ont que ça à la bouche. Mon objectif personnel, c’est d’être un bon auteur et d’écrire de bonnes histoires. En vivre, ce ne sera qu’un effet secondaire positif, si cela arrive un jour.

 

WAAD

 

Récemment, on entend beaucoup parler du syndrome de l’imposteur. Pour résumer, il s’agit du sentiment d’illégitimité que peut avoir un artiste vis-à-vis de ses pairs et de son art lui-même. Est-ce que ça vous parle ?

 

Stéphane Arnier

 

Je ne ressens pas cela, non. Sans doute parce que je ne me suis jamais considéré comme un artiste, plus comme un artisan. J’écris un livre en faisant de mon mieux à l’instant « t », puis j’en écris un autre en essayant d’être meilleur que la fois d’avant. Je traque mes points faibles pour les travailler et les améliorer. Je n’ai pas à être « légitime » ou pas, ça ne veux rien dire pour moi : ceux qui sont intéressés me lisent, les autres ne me lisent pas. C’est aussi simple que ça.

 

WAAD

 

Qu’est-ce que c’est un auteur pour vous ? Et qu’est-ce qu’il faut pour être professionnel ?

 

Stéphane Arnier

 

Vous voyez, ça par exemple, ce sont des questions que je ne me pose pas et qui ne m’intéressent pas (rires). J’invente des histoires et je les écris : je n’ai donc aucune hésitation à me qualifier d’auteur. Est-ce que je peux m’accoler l’étiquette « professionnel » ? Je ne sais pas et je m’en fiche. Je dédie plusieurs jours par semaine à cette activité, j’y travaille sérieusement, j’écris des livres que je vends, et j’en tire de (petits) revenus… bien loin d’un salaire : à vous de voir si vous estimez que ça fait de moi un pro.

 

WAAD

 

En ce moment, il y a en France, et un peu partout en Europe, un vrai mouvement de fond pour une meilleure reconnaissance de l’importance des auteurs dans le milieu du livre (pétition du SELF, développement de la Charte des auteurs jeunesse, etc.), est-ce que vous suivez ces mouvements / vous reconnaissez dans ces revendications / en êtes éloignés ?

 

Stéphane Arnier

 

J’en ai un peu honte, pour le coup, mais non. Je regarde cela de très (très) loin. Ces causes me concernent, mais je n’ai ni le temps ni l’envie d’être militant. La vie est une question de priorités. Je suppose que, comme vivre de ma plume n’en est pas une, je me sens moins batailleur sur le sujet. J’ai fait beaucoup d’efforts pour aménager du temps à mes activités littéraires : je fais en sorte que ce temps soit quasi-exclusivement consacrées à l’écriture.

 

WAAD

 

Est-ce que vous vivez certaines situations comme des injustices en tant qu’auteur ?

 

Stéphane Arnier

 

Vous voulez dire, comme le fait de toucher moins de 10% du prix de vente d’un livre dont on est l’unique auteur ? Ou le fait de devoir vendre nos ebook à des prix ridicules (trois à quatre fois moins cher que le même en version papier) si on espère les vendre ? Oui, un peu. Toutes proportions gardées, je compatis au sort de nos agriculteurs : comme eux nous sommes les producteurs en début de chaîne, mais nous sommes dans l’impossibilité d’en tirer un revenu « juste », sauf à vendre en quantités astronomiques…

 

WAAD

 

Si on s’intéresse maintenant à l’écriture proprement dite, est-ce que vous suivez un processus d’écriture particulier quand vous créez ? Des horaires fixes, une cadence, quelque chose comme ça ? Vous y répondez partiellement sur votre blog, mais c’est pour ceux qui ne suivent pas au fond.

 

Stéphane Arnier

 

J’ai deux jours par semaine dédiés à mes activités littéraires. Je suis plutôt « du matin », donc je me lève tôt et occupe la matinée à l’écriture proprement dites : j’avance mon texte en cours. L’après-midi, je scénarise de futures histoires ou je corrige/réécris des textes rédigés. Je ne fais rien d’autre ces jours-là. Par exemple, je réponds à cet interview sur mon temps libre du week-end, je ne prends pas sur mon temps écriture. Je me fixe des horaires, comme au bureau, et je préfère m’imposer un temps de travail plutôt qu’un objectif en nombre de mots. À chacun son truc : moi ça me convient bien. Je suis très régulier ainsi, toute l’année.

 

WAAD

 

Souvent on parle d’architectes, c’est-à-dire d’auteurs qui planifient leur roman de A à Z avant d’écrire, de jardiniers, qui laissent vivre leurs personnages, ou d’employés polyvalents (OK, celui-là est de moi), comment vous vous positionnez par rapport à cette question de la plus haute importance ?

 

Stéphane Arnier

 

Tous ceux qui me fréquentent un peu sur le web savent que je suis un architecte assumé, et assez poussé. Je n’écris mes histoires que lorsqu’elles sont scénarisées, un peu comme un réalisateur ne commence à tourner qu’une fois le script terminé. Je suis comme ça : il est impensable pour moi d’écrire un récit si je ne sais pas où je vais. Créer une histoire, en ce qui me concerne, se fait vraiment en deux étapes qui n’ont rien à voir : la scénarisation, puis l’écriture. C’est ce que j’appelle ma « voie du stylo ».

 

WAAD

 

Sur votre blog, vous faites partager votre expérience de l’écriture avec humour et humilité. Quel est le premier conseil que vous donneriez à un auteur en puissance ? (à part lire votre blog du coup…)

 

Stéphane Arnier

 

Accepter une vérité toute simple qui est que, si c’est le premier livre que vous écrivez, vous ne savez rien de ce travail. Soyez patient, et comprenez que vous ne faites qu’entamer un long apprentissage. En peinture, en danse, en musique, personne n’espère devenir bon en un an, juste « comme ça ». Je n’arrive pas à comprendre pourquoi en France on pense que la littérature est un art « à part », une exception. Chaque nouvel auteur espère que son premier roman sera un best-seller. C’est la porte ouverte à beaucoup de déceptions.

 

WAAD

 

Pour terminer, et avant de vous remercier, avez-vous des choses à ajouter ou dont vous voudriez parler ? Nous ne sommes plus dimanche, on peut parler du Pacte des frères ?

 

Stéphane Arnier

 

On peut en parler, oui ! (rires)

 

C’est le troisième opus des Mémoires du Grand Automne, une série de fantasy en quatre tomes. Le récit est bâti comme une utopie : au départ, l’histoire se développe dans un monde bucolique où tout est beau et poétique, très végétal. Et puis… quelque chose vient bousculer ce bel équilibre.

 

J’ai bien peur que « Le pacte des frères », de par sa position dans la série, soit le tome le plus sombre. Je suis très impatient qu’il sorte, mais je suis du genre à prendre mon temps et j’adore l’étape des finitions : il va falloir patienter encore un peu. C’est prévu pour le premier trimestre 2018.

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