What about… Ma Pauvre Lucette (MPL) ? [+ Interview]

 

Illustration par Elodie Lascar

 

Salutations distinguées les dragonautes !

 

L’un des avantages d’habiter dans une « grande ville », c’est l’offre culturelle pléthorique et les découvertes de fou qu’elle peut engendrer.

 

Aujourd’hui, donc, je (re)parle musique pour vous présenter un groupe complètement génial, j’ai nommé Ma Pauvre Lucette (MPL pour les intimes, tavu), découvert grâce à la programmation de la salle A Thou Bout d’Chant.

 

Je vous embarque dans leur univers tout de suite !

 

Le projet

 

Dire que Ma Pauvre Lucette est atypique, c’est un peu court. On peut dire, oh, tant de choses en somme… (#PaieTesRéférences)

 

Ma Pauvre Lucette, donc, c’est un groupe composé de cinq membres (six avec Tom) qui se sont rassemblé autour d’une disparation et d’un deuil : ceux de l’éponyme Lucette. Légende, fantasme ou réalité crue, impossible à dire et je pense que c’est tant mieux. A travers une musique qui emprunte autant au folk qu’au rap en passant par le rock et le flamenco, Manu, Julien, Andreas, Arthur et Cédric se confrontent à des émotions contradictoires et violentes et bâtissent un édifice complexe qui en fait un groupe… à part.

 

Leur premier album, MPL, disponible gratuitement en téléchargement et en streaming, est une présentation de leur muse disparue, Lucette, et une succession de tableaux intercroisés, organisés autour d’une piste finale, Requiem, point d’orgue d’une poésie très contemporaine. Ainsi, si les textes originaux composent l’essentiel des 19 pistes de l’album, deux poèmes de Prévert et un de Valérie Rouzeau sont mis en musique et illustrent la relation particulière, quasi révérencieuse, qu’MPL entretient avec les mots.

 

En dehors de cet album, le groupe expérimente aussi d’autres mélodies et styles à travers des reprises très originales (Stan d’Eminem ou Diamonds de Rihanna, en français dans le texte) et des compositions plus âpres (Le lion, notamment).

 

Enfin, impossible d’évoquer MPL sans parler de leurs concerts… Pardon, de leurs cérémonies. Car si le groupe est composé de musiciens et d’un chanteur de talent, Arthur Dagallier, acteur (mais aussi réalisateur des derniers clips), se fait maître de cérémonie funéraire sur scène et se joue des codes du concert pour proposer une expérience unique, dynamique et décalée.

 

Mais toute la force de MPL se retrouve dans leurs chansons alors je vous propose de nous y intéresser maintenant !

 

Les chansons

 

Requiem

« Avec quelques-uns de tes anciens amoureux, on s’était mis à raconter des histoires sur toi… »

 

Pierre angulaire de l’album MPL, c’est la chanson qui m’a fait m’arrêter sur ce groupe avec un mélange béat de curiosité et d’émotion. Sur une mélodie lancinante, la composition en deux temps est un récapitulatif des pistes de l’album mais aussi et surtout un monologue lancé au ciel avec une énergie du désespoir terriblement aiguë.

 

C’est terriblement difficile de convaincre quelqu’un de la qualité d’un morceau, alors je vais le formuler comme ça : si vous ne devez écouter qu’une piste, écoutez celle-ci. Jusqu’au bout. Si possible, en regardant le clip.

 

« On fait pas vraiment demi-tour, on change seulement d’étoile. »

 

Jeté à l’eau

« Plutôt mourir noyé que vivre bridé… »

 

Dans l’interview reportée ci-après, Cédric, le principal chanteur du groupe, a cette jolie phrase : « On n’arrête pas d’être enfant juste parce qu’on devient adulte ». Cette chanson me paraît tout à fait liée à cette problématique d’adulescence et à la place qu’occupe l’individu dans un groupe.

 

Derrière une mélodie plutôt légère, le thème du lâcher-prise côtoie celui de la pression qu’inspire ce thème aquatique.

 

« Je m’enlise en cherchant du repos et j’ai les pieds qui traînent dans le fond… »

 

Déjeuner du matin

« Il a mis le café dans la tasse… »

 

OK, le texte n’est pas du groupe. Mais c’est un très beau texte, une très belle mélodie et une très belle interprétation.

 

L’occasion aussi de les voir sur scène dans la transe maîtrisée qui caractérise leur jeu.

 

« J’ai pleuré. »

 

Panama

« Evadé, repenti, Saint-Martin c’est fini, bateau passe, il fait nuit… »

 

Chanson qui n’appartient pas à l’album MPL, Panama est un hymne cynique qui se dissimule derrière de très beaux atours dansants. Sur le thème de la civilisation, souvent présent dans leurs chansons, le groupe fabrique une composition ska rythmée.

 

« C’est beau, c’est haut ! »

 

Le lion

« Le lion n’a pas de visage, pour ne pas effrayer… »

 

Petit coup de cœur parmi les coups de cœur (ce clip…), Le lion est la plus expérimentale des pistes que je vous donne à écouter ici (et, pour être honnête, de toute leur chansographie). Mais c’est aussi un texte extrêmement puissant et ciselé et un break absolument génial (vers 1:10).

 

« Pose ces allumettes, l’âme est extrêmement inflammable… »

 

Stan

Reprise de la chanson d’Eminem et Dido, Stan devient, entre les mains d’MPL une méta-chanson où l’interprète original, le personnage et le nouvel interprète se confondent. Le clip mis en abyme est absolument hypnotisant et renforce la qualité et l’originalité de cette prise de risque.

 

L’interview

 

En marge de leur concert A Thou Bout d’Chant le 14 octobre 2017, le groupe a gentiment accepté de répondre à mes questions.

 

WAAD : Vous sortez d’une résidence à l’Ampérage où vous avez pu égrainer votre nouveau spectacle. Ça vous fait quoi de fouler la scène après cette préparation ?

 

Arthur : C’est la troisième date en série que nous faisons. Cinquième en fait, puisque nous avons eu deux dates à Paris avant. C’est très cool parce qu’on peut roder la nouvelle forme qu’on a construite et dans laquelle je crois qu’on se sent très bien. On est très contents, elle fonctionne bien. (au groupe) Vous avez vu, je n’ai utilisé qu’une fois la phrase « On est très contents » ! (rires du groupe)

 

Cédric : On est débutants en interview, du coup on se juge pas mal entre nous.

 

WAAD : Dans une interview donnée au journal Le Dauphiné Libéré, vous indiquiez que, pour le moment, vous étiez dans une démarche amateur. Est-ce que les choses commencent à changer pour vous ?

 

Cédric : C’est moi qui ai dit ça ! Je me suis fait taper sur les doigts après…

 

Arthur : On ne se définit pas comme « amateurs », par contre on a tous un boulot à côté. Pour nous, le but est que l’été prochain nous puissions tous quitter nos boulots et nous consacrer au groupe. Il y a amateur, semi-pro, pro et dieu vivant. Nous, on est semi-pro pour le moment.

 

WAAD : Parlons de votre univers musical maintenant. Vous faites partie de ces groupes au style inimitable, au croisement des influences, comment s’est passée la rencontre musicale entre vos sensibilités ? Est-ce qu’il y a parmi vous un « leader » qui donne le ton des morceaux à créer ou est-ce que chacun apporte sa pierre tombale à l’édifice ?

 

Manu : Non, tout se fait en commun.

 

Cédric : On a tous joué de la musique au lycée, de la musique… de lycéens quoi. On se connaissait tous d’avant, de la période Lucette, et on est tous venus avec nos expériences. Au départ, Manu et moi avons formé un noyau. J’essayais d’apporter quelque chose de différent au chant sur des musiques à lui. Ensuite, Julien est arrivé avec une influence plus rock.

 

Arthur : Rock-flamenco quoi.

 

Cédric : Voilà. (rires) Et après, Andreas est venu à la basse, et ça a étoffé le son. Enfin, c’est Arthur, qui est comédien de formation, qui nous a apporté ses compétences pour le spectacle et la scène. Mais il y a pas de leader… Julien, tu voudrais qu’on dise que t’es le leader ? (rires)

 

WAAD : Vous faites également quelques reprises, Eminem, Rihanna, Prévert, Jodorowsky… Est-ce que la démarche artistique est différente pour vous lorsqu’il s’agit de se réapproprier les mots des autres ?

 

Cédric : Ça libère d’un poids. On retrouve toujours de soi dans ses écrits, et il y a une forme de pudeur qu’on n’a pas avec les mots d’un autre. On peut se concentrer sur la musique et l’émotion qu’on veut apporter. D’une certaine manière, il est possible de se recentrer sur le projet et la palette qu’on compte développer.

 

WAAD : Si on parle maintenant des thématiques qui traversent l’album, et même plus (La bagarre, etc.), on note chez vous un rapport à l’enfance et à l’innocence assez particulier. C’est un deuil difficile à passer ?

 

Cédric : Je suis pas sûr de voir, tu peux développer ?

 

WAAD : Si on prend vos clips, notamment, Les deux derniers ou Infidèles destriers, on trouve un goût pour des choses qui ont trait à l’enfance, le déguisement par exemple.

 

Cédric : Je crois que je vois ce que tu veux dire. Mais il y a pas de deuil à faire. On arrête pas d’être enfant juste parce qu’on devient adulte. On est toujours les deux, je pense. Nous ce qui nous pousse c’est plutôt le goût du défi qu’on se lance entre nous.

 

Manu : Tourner des clips à quatre heures du matin par exemple…

 

Cédric : Oui, je crois que c’est vraiment ce goût du défi constant qui nous anime, au delà de cette disparition initiale, de cette thématique qui n’est pas vraiment joyeuse.

 

WAAD : Question moins anodine qu’elle en a l’air, est-ce que le nom Ma pauvre Lucette est né avant ou après l’enregistrement de l’album ? Parce qu’on se rend compte que la thématique du deuil, qui lie les chansons d’une manière ou d’une autre, conditionne beaucoup de choses dans votre existence en tant que groupe. Et au-delà de la légende, je m’interroge sur l’ordre de la démarche artistique.

 

Cédric : On a la disparition initiale de cette fille, qui a eu lieu quand on était enfants-ados, et le groupe s’est formé autour de ça. Toutes les chansons ne sont pas pensées par rapport à ça, nous avons plutôt essayé de former une palette d’émotions assez large.

 

Manu : Du dégoût à la tristesse en passant par l’envie de vomir…

 

Cédric (imperturbable) : On a même essayé de se couper de tout ça, et d’écrire vraiment autre chose, mais en général on a toujours quelqu’un qui nous dit que ça leur paraît lié. Donc aujourd’hui on essaie de ne plus s’en préoccuper.

 

Julien : On travaille plutôt sur les émotions qu’on veut délivrer.

 

Cédric : Au début, le groupe a participé à un tremplin Claude Nougaro. Il y avait trois chansons composées, dont Lulu, et on a dû choisir un nom. C’est de là qu’est né Ma pauvre Lucette. J’ai l’impression qu’il y avait ça aussi dans ta question ?

 

WAAD : Oui, complètement. D’ailleurs, Arthur, tu es un peu le maître de cérémonie du groupe. Est-ce que c’est pas compliqué de jouer ce rôle de fil rouge en se dissociant du reste du groupe ?

 

Arthur : A la base, le thème est pas très joyeux. On voulait que ça ressemble à quelque chose de plus festif. On voulait aussi éviter les « La chanson qu’on va jouer maintenant s’appelle… ». Le groupe a testé plusieurs choses : des choses très écrites et des choses complètement improvisées. Aujourd’hui, la résidence à l’Ampérage a vraiment permis d’affiner tout ça. On a un set d’1h15 vraiment cohérent et qui reprend la palette d’émotions dont on parlait tout à l’heure.

 

WAAD : Parlons maintenant de vos clips et vidéos. Ils sont réalisés par le Roi Saumon (d’ailleurs, le Roi Saumon, Général Coulis, un fantasme de la hiérarchie ?). Comment ça se passe le passage des mots à l’image ? Est-ce que vous soumettez l’idée des courts-métrages ?

 

Cédric : On aime bien être fouettés en fait. Ce doit être notre envie d’un leader… Plus sérieusement, pour les clips, la plupart sont pensés en même temps ou juste après l’enregistrement de la chanson. Au tout début, on faisait ça entre nous directement. Quand Arthur est arrivé, il a apporté autre chose à tout ça. Le Roi Saumon, c’est un peu notre boîte de production vidéo, tenue par Arthur. Quant à Général Coulis, c’est notre label, mais au final c’est surtout une association qui nous permet de gérer la trésorerie liée à notre disque.

 

WAAD : Cet été, vous deviez vous retrouver pour parler deuxième album. Qu’est-ce qu’il en est ?

 

Manu : Actuellement on prépare un album pour début 2019.

 

Julien : On est en train de faire appel à des personnes extérieures dans plusieurs domaines. On veut prendre le temps de bien faire. Ce sera un album-concept qui approfondira la mythologie autour de Lucette, de qui elle était.

 

Arthur : On voudrait que chaque chanson s’accompagne d’un clip et que tous les clips mis bout à bout forment un film et racontent une histoire.

 

WAAD : Je vous remercie d’avoir accepté cette interview !

 

Le groupe : Merci à toi !

 

 

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