Plumorama : Jean-Sébastien Guillermou

 
Salut les dragonautes !

 

C’est aujourd’hui Jean-Sébastien Guillermou, auteur de fantasy pirate, qui répond avec franchise à notre interview. Merci vivement !

 


 

What about a dragon ?

 

Bonjour Jean-Sébastien Guillermou !

 

Vous êtes l’auteur de la trilogie des pirates de l’Escroc-Griffe aux éditions Bragelonne, dans laquelle un assemblage bigarré de matelots de tous bois (qui chauffent) vit la piraterie d’une façon tour à tour poétique et aventureuse. Votre univers unique, vos personnages et la qualité de la narration ont permis à ce roman de trouver un public toujours plus large.

 

Merci donc d’avoir accepté de répondre à nos questions dans le cadre de ce panorama des plumes de l’imaginaire !

 

Jean-Sébastien Guillermou

 

Je suis honoré par votre invitation, merci à vous !

 

WAAD

 

Première question, je sais qu’elle est fréquemment posée en salon : est-ce que vous vivez de votre plume ?

 

Jean-Sébastien Guillermou

 

En tout cas je n’en meurs pas ! Lorsqu’on me pose cette question, je réponds de plus en plus par cette boutade car, effectivement, c’est une question récurrente qui ne manque pas de m’étonner : la pose-t-on à un artisan, à un boulanger quand on on achète son pain ? Je sais que les gens qui me demandent cette information ne sont pas forcément mal intentionnés, mais pour moi elle est symptomatique d’un malaise concernant la place de l’artiste dans la société. Pour répondre à votre question, j’en vivote, ce qui est déjà encourageant.

 

WAAD

 

Est-ce que vous l’envisagez ou l’avez envisagé ? Est-ce que vous aimeriez bien ? Parce que j’ai l’impression que la réponse à cette question altère beaucoup le rapport qu’un auteur peut avoir par rapport à ces thématiques.

 

Jean-Sébastien Guillermou

 

C’est un objectif, mais qui se heurte à une contrainte que je me suis imposé : pas question d’écrire à tout prix un livre tous les ans ! Je veux être fier de chacun de mes enfants de papier, et non regretter plus tard qu’un de mes romans soit bâclé… ce qui va, bien sûr, à l’encontre d’une certaine logique commerciale. De toute manière, je suis incapable d’écrire plus rapidement, mes romans en pâtiraient. Mes lecteurs finiraient par être déçus et ne me liraient plus, ce qui serait tout à fait normal. Je me trompe peut-être, mais je préfère choisir la qualité à la quantité, même s’il faut rester humble : on peut passer des années sur une histoire et se planter quand même…

 

WAAD

 

Récemment, on entend beaucoup parler du syndrome de l’imposteur. Pour résumer, il s’agit du sentiment d’illégitimité que peut avoir un artiste vis-à-vis de ses pairs et de son art lui-même. Est-ce que ça vous parle ?

 

Jean-Sébastien Guillermou

 

Non, car dès le début de mon aventure éditoriale, j’ai été clair avec moi-même. Je me suis dit que si mon premier roman ne trouvait pas son lectorat, j’arrêterais d’écrire. Cette promesse n’avait rien à voir avec de l’orgueil mal placé, ou une volonté d’écrire uniquement pour gagner de l’argent, il s’agissait d’une question d’honnêteté : mes proches m’avaient tellement soutenu pendant des années, qu’il me semblait normal, par respect pour eux, que ce projet de vie soit plus qu’un caprice artistique chronophage déconnecté de la réalité. Or les trois livres de ma trilogie ont globalement reçu un très bon accueil, tant des lecteurs que de certaines critiques comme Jean-Luc Rivera sur ActuSF. De temps en temps, des lecteurs m’envoient des messages émouvants et me remercient de leur avoir donné, l’espace de trois livres, l’occasion de s’évader dans un univers imaginaire, ce qui me touche profondément. C’est aussi pour vivre ce genre de moment qu’on écrit. Je ne me prends pas pour Tolkien pour autant, mais j’estime être légitime, ni meilleur ni pire qu’un autre écrivain.

 

WAAD

 

Qu’est-ce que c’est un auteur pour vous ? Et qu’est-ce qu’il faut pour être professionnel ?

 

Jean-Sébastien Guillermou

 

Bonne question. Un auteur, pour moi, c’est une personne qui écrit tous les jours, peu importe qu’elle soit publiée ou pas. Je me suis clairement senti auteur au moment où j’ai commencé à travailler sur mon manuscrit plusieurs heures par jour. Être professionnel, c’est prendre en compte avec calme les remarques de ses bêta-lecteurs, bonnes comme mauvaises, les recouper, et réfléchir comment améliorer son manuscrit, jusqu’à ce qu’il soit publié… ou qu’il finisse dans un tiroir. Un auteur talentueux, mais incapable d’écouter son éditeur et de mettre en application ses critiques ne pourra jamais progresser, même s’il est doué. Dans l’idéal, un éditeur ne propose pas un contrat à un auteur pour un seul roman… parce qu’il n’est pas rare que ce premier roman se vende mal ! Un éditeur passionné va accompagner l’auteur tout au long de sa carrière, afin de l’aider à franchir des paliers dans son écriture.

 

WAAD

 

En ce moment, il y a un vrai mouvement de fond pour une meilleure reconnaissance de l’importance des auteurs dans le milieu du livre (pétition du SELF, développement de la Charte des auteurs jeunesse, etc.), est-ce que vous suivez ces mouvements / vous reconnaissez dans ces revendications / en êtes éloignés ? (par exemple parce que vous ne considérez pas l’écriture comme un revenu)

 

Jean-Sébastien Guillermou

 

J’ai beaucoup de respect et de reconnaissance pour les auteurs engagés qui font bouger les lignes, que ce soit Samantha Bailly ou Marie Caillet et, oui, je suis ces mouvements car l’union fait la force.

 

WAAD

 

Est-ce que vous vivez certaines situations comme des injustices en tant qu’auteur ?

 

Jean-Sébastien Guillermou

 

Oui. Le regard de la société sur les auteurs est parfois pesant, avec notamment ce que j’appelle « la question de l’angoisse », celle que vous avez posée au début de l’entretien : « est-ce que vous en vivez ? »… même si je la prends de plus en plus avec humour. Les gens ont du mal à réaliser que passer plusieurs heures par jour derrière l’écran d’un ordinateur est un vrai travail à plein temps. Comme pour le télétravail, bosser à la maison peut paraître suspect aux yeux de certains… et pourtant cette situation ne présente pas que des avantages. On se sent parfois un peu seul, avec l’impression que la maison devient le bureau.

 

WAAD

 

Si on s’intéresse maintenant à l’écriture proprement dite, est-ce que vous suivez un processus d’écriture particulier quand vous créez ? Des horaires fixes, une cadence, quelque chose comme ça ?

 

Jean-Sébastien Guillermou

 

Oui. Je me suis interdit d’écrire le soir car une année j’ai frôlé le burnout, je dépassais allégrement les huit heures de travail au quotidien, sept jour sur sept… parce qu’à l’époque, je me sentais coupable de ne pas avoir un « vrai boulot », ce qui était d’une stupidité sans nom car écrire est une activité intense, on est souvent exténué après une journée de travail. De manière générale, j’essaie d’écrire tous les jours car après une coupure j’ai toujours du mal à me remettre en selle.

 

WAAD

 

Souvent on parle d’architectes, de jardiniers ou d’employés polyvalents (OK, celui-là est de moi), comment vous vous positionnez par rapport à cette question de la plus haute importance ?

 

Jean-Sébastien Guillermou

 

J’aime beaucoup l’employé polyvalent… Je suis plutôt architecte, car je travaille sur des trilogies. Cela dit, nous ne sommes jamais totalement l’un ou l’autre, et je m’autorise quand même une certaine liberté dans l’écriture, pour éviter de tomber dans la monotonie… même si mes personnages en profitent pour s’échapper !

 

WAAD

 

Votre trilogie s’est achevée l’an dernier. Depuis on peut vous retrouver en salons et en dédicaces, mais qu’en est-il de votre actualité d’auteur ? Des projets dans les tiroirs (ou mieux : dans les fichiers) ?

 

Jean-Sébastien Guillermou

 

Je travaille actuellement sur mon quatrième roman, qui se déroule dans le même univers que celui des pirates de l’Escroc-Griffe, mais à une autre époque et avec des personnages différents. L’histoire est beaucoup plus longue que je ne l’imaginais, mais également plus riche. J’ai hâte de pouvoir la partager !

 

WAAD

 

Pour terminer, et avant de vous remercier, avez-vous des choses à ajouter ou dont vous voudriez parler ?

 

Jean-Sébastien Guillermou

 

Je trouve qu’on ne parle pas assez de ces merveilleux animaux que sont les tardigrades. En dehors de ça, je donne régulièrement des conseils d’écriture aux jeunes auteurs sur un blog, www.escroc-griffe.com. Un grand merci pour m’avoir donné la parole !

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