Plumorama : Silène Edgar

 

Je vous ai déjà dit que j’aimais le Plumorama ? Aujourd’hui, c’est Silène Edgar qui apporte une pierre chargée de bonne humeur à l’édifice, et ça nous ravit !


 

What about a dragon ?

 

Bonjour Silène Edgar !

 

Autrice aux éditions Castelmore et Bragelonne, blogueuse, bêta-lectrice et riche en conseils aux jeunes auteurs, spécialiste d’Harry Potter, sur lequel vous rédigez actuellement un essai, vous êtes, j’imagine, très occupée.

 

Merci donc d’avoir accepté de répondre à nos questions dans le cadre de ce panorama des plumes de l’imaginaire !

 

Première question, je sais qu’elle est fréquemment posée en salon : est-ce que vous vivez de votre plume ?

 

Silène Edgar

 

Oui ! Depuis deux mois, j’ai pris congé de mon premier emploi pour passer mes journées à écrire. Cependant il serait illusoire de penser que seule la vente de mes romans me permet de vivre : une part de mes revenus provient de la rédaction de documents pédagogiques pour les enseignants, une autre part de mes rencontres avec les lecteurs et d’actions auprès d’eux comme, par exemple, ma participation au « feuilleton des Incos », un correspondance avec des classes sur un texte en cours d’écriture. En gros, chacune de ces parties équivaut à un tiers de mes revenus. La vente seule ne me permet pas de vivre. De fait, mon temps n’est pas employé uniquement à l’écriture, ce qui serait pourtant mon rêve ! Je peux y consacrer plus d’heures qu’avant, quand j’avais mon autre métier, mais pas autant que je l’espérais. Même pas la moitié de mon temps en fait…

 

WAAD

 

Est-ce que vous avez l’impression que c’est devenu plus dur ces dernières années ? Pour quelles raisons selon vous ?

 

Silène Edgar

 

Je ne peux pas répondre, c’est trop tôt encore ! Mais pour les difficultés, je les vois déjà se profiler : je ne sais pas de quoi sera fait après-demain. Pour demain, si, parce que j’ai constitué un pécule avec mes droits des années précédentes afin de me garantir mes revenus pour l’année en cours. Tout ce que je vais toucher cette année financera donc l’année prochaine. J’espère pouvoir continuer ainsi, mais c’est très incertain et je n’aurai aucune aide pour compenser, même brièvement, une baisse de revenus. Or cela m’oblige à fournir des textes régulièrement, je ne peux pas me retirer dans ma grotte pendant un an ou deux pour prendre le temps d’écrire la grosse tétralogie que j’ai en tête. C’est mon prochain objectif. Mais cela attendra sans doute des années.

 

L’autre difficulté, c’est que je dois négocier mieux mes contrats pour en vivre décemment, et ça m’oblige à entrer dans un rapport différent avec mes éditeurs, un rapport douloureux pour moi car je ne suis pas habituée à cela.

 

WAAD

 

Récemment, on entend beaucoup parler du syndrome de l’imposteur. Pour résumer, il s’agit du sentiment d’illégitimité que peut avoir un artiste vis-à-vis de ses pairs et de son art lui-même. Est-ce que ça vous parle ?

 

Silène Edgar

 

Complètement, j’ai longtemps eu l’impression qu’on allait venir me taper sur l’épaule pour me dire que mon tour de manège est fini. Aujourd’hui, c’est différent, car j’ai choisi d’en vivre. Cependant, comme cela est très récent, j’ai encore un vague sentiment de ne pas être vraiment à ma place. Mon éditrice, Barbara Bessat-Lelarge et surtout mes amies autrices, Lise Syven, Maëlig Duval, Nadia Coste, Agnès Marot et Cindy van Wilder, m’ont aidé à soigner ce syndrome. Et lundi, je pars avec Paul Beorn en Lettonie rencontrer nos lecteurs lettons ! Cela va rendre tangible le fait que notre roman 14-14 est lu dans 10 autres pays, cela va affirmer la réalité de ma nouvelle place dans cette société, celle d’une artiste. Aïe, le mot m’effraie encore… je ne suis pas guérie !!

 

WAAD

 

Qu’est-ce que c’est un auteur pour vous ? Et qu’est-ce qu’il faut pour être professionnel ?

 

Silène Edgar

 

Ouh la la, c’est très vaste cette question, épineux même, et j’ai peur de paraître sentencieuse. Je botte en touche en énonçant la seule vérité qui me convienne : un auteur est quelqu’un qui finit un texte, dans le sens où il est corrigé, lisible, destiné à quelqu’un, ou même à soi-même. Il faut un point final. Ce n’est pas forcément quelqu’un qui publie.

 

Pour être professionnel, il faut avoir signé un contrat et assumer les obligations professionnelles qui y sont liées en matière de travail sur le texte, puis de promotion.

 

WAAD

 

En ce moment, il y a un vrai mouvement de fond pour une meilleure reconnaissance de l’importance des auteurs dans le milieu du livre (pétition du SELF, développement de la Charte des auteurs jeunesse, etc.), est-ce que vous suivez ces mouvements / vous reconnaissez dans ces revendications / en êtes éloignés ? (par exemple parce que vous ne considérez pas l’écriture comme un revenu).

 

Silène Edgar

 

Oui, bien sûr, je suis à la Charte, je signe les pétitions, j’en discute avec mes amis autrices et auteurs, j’ai écrit à ma député de circonscription, bref, je milite. J’aimerais que notre statut soit repensé en profondeur, à la lumière des évolutions du marché : les assises de la littérature jeunesse, qui se sont tenues cette année, ont permis un début de dialogue entre les différents acteurs du marché, c’est important. Mais j’aimerais aussi que ces réflexions ne portent pas que sur les auteurs et autrices qui gagnent suffisamment pour obtenir leurs droits à la santé et à la retraite. En effet, ceux qui sont en dessous du seuil sont aussi auteurs, pourtant ils cotisent en pure perte et exercent deux métiers en même temps, sans aucune reconnaissance de leurs droits.

 

WAAD

 

Est-ce que vous vivez certaines situations comme des injustices en tant qu’auteur ?

 

Silène Edgar

 

Euh.. je ne sais vraiment pas quoi répondre à cette question sans froisser qui que ce soit. Si ! Je trouve injuste quand certains organismes mettent des mois à nous payer les interventions scolaires sous prétexte de méconnaissance de la loi. C’est très stressant, cela perturbe réellement mon temps de création.

 

WAAD

 

Si on s’intéresse maintenant à l’écriture proprement dite, est-ce que vous suivez un processus d’écriture particulier quand vous créez ? Des horaires fixes, une cadence, quelque chose comme ça ?

 

Silène Edgar

 

Je m’y essaye, mais c’est difficile : comme je ne fais « que » ça cette année, je me fixe des objectifs à la semaine, des plages horaires (concrètement, les moments où mes filles sont à l’école) et j’essaye de ne pas perdre ce temps sur les réseaux sociaux ! Cette année, je fais le nanowrimo, soutenue par Lise Syven et Barbara Bessat-Lelarge. Et je me remets dans un projet d’écriture avec Paul Beorn, alors nous allons devoir aussi instaurer une cadence. Je fais tout pour mettre mon moi paresseux au travail…

 

WAAD

 

8) Souvent on parle d’architectes, c’est-à-dire d’auteurs qui planifient leur roman de A à Z avant d’écrire, de jardiniers, qui laissent vivre leurs personnages, ou d’employés polyvalents (OK, celui-là est de moi), comment vous vous positionnez par rapport à cette question de la plus haute importance ?

 

Silène Edgar

 

Pour ma part, je suis une tisserande, plutôt qu’une architecte. Je crée la trame du tapis puis, dans l’écriture, je crée les motifs, tant et si bien que la trame se fait parfois oublier alors qu’elle sous-tend l’ensemble depuis le début.

 

Je ne sais pas comment je pourrais devenir jardinière, cela m’angoisse profondément : je ne crois pas du tout que les personnages « vivent ». Ce sont des êtres de papier, mes créations, et les laisser « vivre » supposerait une perte de contrôle sur mon propre cerveau, c’est terrifiant. Je range cette idée avec le concept d’immortalité ou l’élection de Trump. Des trucs improbables mais cauchemardesques.

 

WAAD

 

42 jours, votre dernier roman, est paru en juin. Vous y faites coexister un contexte cru et des personnages hauts en couleur. Est-ce qu’être autrice jeunesse c’est jouer sur les contrastes ?

 

Silène Edgar

 

J’ai l’impression qu’autrice jeunesse, c’est être funambule : donner assez de place au lecteur et aussi le guider, lui poser des questions sans induire les réponses, l’amuser et aussi le faire réfléchir, lui donner de la matière éthique mais surtout ne pas le manipuler… bref, un perpétuel jeu d’équilibriste ! Je crois que 42 jours remplit bien son office d’après votre question ! Cela me réjouit !

 

WAAD

 

Pour terminer, et avant de vous remercier, avez-vous des choses à ajouter ou dont vous voudriez parler ? Quels sont vos projets du moment ?

 

Silène Edgar

 

Merci à vous surtout, je suis très heureuse d’avoir répondu à vos questions ! Pour les projets du moment… ils sont nombreux !!

 

Je finis un stage sur l’écriture de scénario à la FEMIS, j’y ai réécrit ma novella Fortune cookies, je ne sais pas ce que ça va donner ! Cela nourrit l’écriture d’un nouveau roman d’anticipation pour adultes.

 

J’assiste ma cousine du Tibet dans l’écriture de son autobiographie, c’est une femme merveilleuse, elle est la première européenne à avoir gravi l’Everest trois fois. Mais pas pour le tourisme ! Non, elle y va pour nettoyer la montagne des déchets accumulés par des décennies d’alpinistes crados.

 

Sinon, je suis donc sur un nouveau projet avec Paul Beorn, mais nous gardons le secret sur ce dont il s’agit…

 

Enfin, et le plus important en ce moment, je travaille sur la réédition de ma trilogie dystopique aux éditions Castelmore en mars prochain : elle s’appelle Moana et je suis extrêmement fière de la rendre disponible aux lecteurs en poche dans une version retravaillée !

 

Merci à vous en tout cas !

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