Plumorama : Jean-Laurent Del Socorro

Photo ActuSF

 

Jean-Laurent Del Socorro a ses entrées sur le blog depuis un moment, mais il a accepté très volontiers de se plier au jeu de l’interview. Merci à lui et à très vite !

 


 

What about a dragon ?

 

Bonjour Jean-Laurent Del Socorro !

 

Vous êtes l’auteur de deux romans géniaux, Royaume de vent et de colères et Boudicca, aux éditions Actu SF, dans lesquels vous faites cohabiter avec une plume lyrique un fond historique et un ou plusieurs éléments de fantasy. En parallèle de cette activité, vous êtes également assistant d’édition et il est possible de vous croiser un peu partout en France, y compris aux Utopiales comme c’est le cas en ce moment.

 

Merci d’avoir accepté de répondre à cette interview !

 

Première question, je sais qu’elle est fréquemment posée en salon : est-ce que vous vivez de votre plume ?

 

Jean-Laurent Del Socorro

 

Je ne vis pas de ma plume. Mon activité d’auteur est une activité complémentaire annexe.

 

WAAD

 

Est-ce que vous l’envisagez ou l’avez envisagé ? Est-ce que vous le souhaiteriez ? Parce que j’ai l’impression que la réponse à cette question altère beaucoup le rapport qu’un auteur peut avoir par rapport à ces thématiques.

 

Jean-Laurent Del Socorro

 

La question se pose, oui, en sachant que c’est compliqué puisque pour avoir une bascule professionnelle, cela suppose de produire plus de textes, donc d’avoir plus de temps. Par conséquent, il faut soit diminuer le temps consacré à l’activité qui me fait vivre, soit trouver à un moment une période où je peux écrire plus efficacement. Mais c’est envisagé, oui.

 

WAAD

 

Récemment, on entend beaucoup parler du syndrome de l’imposteur. Pour résumer, il s’agit du sentiment d’illégitimité que peut avoir un artiste vis-à-vis de ses pairs et de son art lui-même. Est-ce que ça vous parle ?

 

Jean-Laurent Del Socorro

 

Je ne crois pas, mais si c’est le cas, c’est plutôt par rapport au public. En France, dès qu’on écrit un livre, on devient auteur et on devient intouchable, sacré, etc. On a l’impression qu’on a un talent inné. À ce niveau-là, je me sens un peu imposteur parce que l’écriture reste un artisanat. Il y a quelque chose qui n’est pas très sain dans ce piédestal sur lequel on place les auteurs.

 

WAAD

 

Qu’est-ce que c’est un auteur pour vous ? Et qu’est-ce qu’il faut pour être professionnel ?

 

Jean-Laurent Del Socorro

 

Auteur c’est une fonction. Professionnel c’est savoir si cette fonction-là est l’activité principale qui nous fait vivre.

 

WAAD

 

En ce moment, il y a un vrai mouvement de fond pour une meilleure reconnaissance de l’importance des auteurs dans le milieu du livre (pétition du SELF, développement de la Charte des auteurs jeunesse, etc.), est-ce que vous êtes concernée par ces mouvements / vous reconnaissez dans ces revendications / en êtes éloignés ? D’autant que vous êtes également assistant d’édition ?

 

Jean-Laurent Del Socorro

 

Je suis adhérent depuis trois mois à la Charte, justement pour être dans cette dynamique-là. Je trouve ça important d’avoir l’information sur les deux réseaux. Tous les métiers de la chaîne du livre sont fragilisés ces temps-ci, et en ce moment il y a une prise de conscience des auteurs qui s’organisent un peu plus. Je trouve ça très bien.

 

A côté de ça, je pense qu’il faudrait une interprofession un peu plus forte. Moi je viens du spectacle vivant, à la base, qui est beaucoup plus organisé à la fois par métier et pour l’ensemble de l’activité. Il y a peut-être un peu de retard en littérature, au moins dans les littératures de l’imaginaire.

 

L’important aujourd’hui c’est que chaque corps de métier puisse communiquer sur ses difficultés mais je trouverai encore plus intéressant que tous les corps de métier arrivent à se réunir autour de la table pour réfléchir ensemble aux problèmes transversaux.

 

WAAD

 

Est-ce que vous vivez certaines situations comme des injustices en tant qu’auteur ?

 

Jean-Laurent Del Socorro

 

Paradoxalement, moi, non. J’ai le sentiment, avec d’énormes pincettes, que globalement l’édition indépendante de l’imaginaire est plutôt bien traitée, à la différence d’autres secteurs, par exemple en jeunesse qui me semble plus fragile.

 

WAAD

 

Si on s’intéresse maintenant à l’écriture proprement dite, est-ce que vous suivez un processus d’écriture particulier quand vous créez ? Des horaires fixes, une cadence, quelque chose comme ça ?

 

Jean-Laurent Del Socorro

 

Il me faut des temps longs pour écrire, c’est-à-dire minimum des demi-journées. À partir de ça, je planifie la première échéance de mon manuscrit. En amont, j’ai généralement monté mon groupe de relecteurs. C’est très codifié.

 

WAAD

 

Souvent on parle d’architectes, c’est-à-dire d’auteurs qui planifient leur roman de A à Z avant d’écrire, de jardiniers, qui laissent vivre leurs personnages, ou d’employés polyvalents (OK, celui-là est de moi), comment vous vous positionnez par rapport à cette question de la plus haute importance ?

 

Jean-Laurent Del Socorro

 

Jardinier. Je n’ai vraiment aucun plan. Je n’écris d’ailleurs pas de manière chronologique : j’écris par morceaux. Je suis quelqu’un qui écrit, réécrit, coupe, rajoute, etc. Je ne suis pas un architecte, plutôt un sculpteur qui travaille l’argile.

 

WAAD

 

Dans vos deux romans, et même dans vos nouvelles, le setting historique est très fort. Est-ce qu’à un moment on peut imaginer un setting historique dans le futur ?

 

Jean-Laurent Del Socorro

 

C’est dans les nombreux projets, oui. Ça restera historique. Je m’explique : mes romans correspondent à des périodes passées que j’exhume, réinvente, investis. La nouvelle du recueil des Utopiales, par exemple, parle du futur proche. Je prends une technologie ou un fait divers très contemporain et je le projette sur dix ou quinze ans. Je pense que je n’écrirais jamais de space-opéra par exemple.

 

WAAD

 

Pour terminer, et avant de vous remercier, avez-vous des choses à ajouter ou dont vous voudriez parler ? Quels sont vos prochains projets ?

Jean-Laurent Del Socorro

 

Pour revenir sur la question des auteurs, je trouve très bien que ça s’organise. Je ne voudrais cependant pas que ça vire au pugilat de caste qui, s’il est parfois nécessaire, est aussi parfois bloquant. Si on pouvait avoir vraiment toute la chaîne, c’est-à-dire traducteurs, scénaristes, auteurs de BD, auteurs, illustrateurs, et le reste autour de la table, ce serait quand même génial plutôt que de se retrouver d’abord dans un conflit.

 

Le prochain projet sera de la fantasy historique sur la guerre de Sécession, de la première balle tirée au dernier fusil rendu. Quatre ans de conflit en un seul tome.

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