Plumorama : Michel Robert

Couverture par Julien Delval

 

Michel Robert fait partie de ces plumes discrètes dont les livres le sont beaucoup moins et qui irriguent l’Imaginaire en France. Merci infiniment à lui d’avoir bien voulu accepter cette interview !

 


 

What about a dragon ?

 

Bonjour Michel Robert !

 

Après avoir fait vos premières armes de romancier avec La Malerune, une saga de fantasy où vous avez pris la suite de l’inénarrable Pierre Grimbert, c’est aujourd’hui la série L’Agent des ombres qui fait votre actualité avec une réédition chez Pocket du neuvième tome, Ruisseaux de sang. Dans cette saga, l’humour ne masque jamais vraiment la dureté de l’univers et du sort qui s’acharne (de façon fort ironique) sur un héros dont le destin est de ne pas en avoir.

 

Merci d’avoir accepté de prendre le temps de répondre à nos questions dans le cadre de ce panorama des plumes de l’imaginaire !

 

Michel Robert

 

Merci à vous de m’avoir sollicité !

 

WAAD

 

Première question, je sais qu’elle est fréquemment posée en salon : est-ce que vous vivez de votre plume ?

 

Michel Robert

 

Oui mais pas de façon tout à fait satisfaisante pour un père avec deux enfants.

 

WAAD

 

Est-ce que vous avez l’impression que c’est devenu plus dur ces dernières années ? Pour quelles raisons selon vous ?

 

Michel Robert

 
Non, je n’ai pas l’impression que ce soit devenu plus dur ces dernières années. J’ai la chance d’avoir un public fidèle qui me suit depuis le début de ma carrière et qui grandit chaque année.
 
Ce qui me semble difficile et depuis toujours, en revanche, c’est la difficulté pour les auteurs de l’Imaginaire français de se faire connaître à l’étranger. C’est même quasiment impossible aujourd’hui.
 

WAAD

 

Récemment, on entend beaucoup parler du syndrome de l’imposteur. Pour résumer, il s’agit du sentiment d’illégitimité que peut avoir un artiste vis-à-vis de ses pairs et de son art lui-même. Est-ce que ça vous parle ?

 

Michel Robert

 

Franchement, je ne me sens absolument pas concerné par ce syndrome. Je n’ai rien de l’artiste torturé. Je suis quelque de droit, de franc, je respecte mon public, et je me remets suffisamment en question, aussi bien sur le plan créatif qu’en tant qu’homme, pour être en accord avec moi-même et avec mon art.

 

WAAD

 

Qu’est-ce que c’est un auteur pour vous ? Et qu’est-ce qu’il faut pour être professionnel ?

 

Michel Robert

 

On peut très bien écrire pour soi, chez soi, sans jamais ressentir le besoin de publier son œuvre. Dans ce cas, on écrit sans pour autant être un professionnel (ce qui ne rend pas la démarche moins légitime, d’ailleurs).

 

Un auteur professionnel, selon moi, est un auteur qui publie. Qui a un éditeur, un contrat et un public.

 

Quant à être professionnel, proprement dit, il s’agit avant tout de respecter ses lecteurs, non ? De créer un contact avec eux, sincère, de le maintenir à travers le temps. De vraiment discuter avec eux. Il s’agit également d’être ponctuel, poli, de respecter ses interlocuteurs.

 

J’ai toujours pensé qu’un auteur (professionnel) ne pouvait exister sans lecteurs. Il doit exister un lien entre écrivain et ceux qui le lisent. À travers ma propre expérience, je considère ça comme un marché gagnant-gagnant, en fait : l’écrivain produit des histoires de qualité pour divertir ses lecteurs et leur donner du plaisir ; les lecteurs achètent les romans de l’écrivain et en retour lui permettent de continuer à leur écrire des histoires.

 

WAAD

 

En ce moment, il y a en France, et un peu partout en Europe, un vrai mouvement de fond pour une meilleure reconnaissance de l’importance des auteurs dans le milieu du livre (pétition du SELF, développement de la Charte des auteurs jeunesse, etc.), est-ce que vous suivez ces mouvements / vous reconnaissez dans ces revendications / en êtes éloignés ?

 

Michel Robert

 

Je vis loin de la capitale, je fréquente assez peu le milieu littéraire, et j’avoue suivre le mouvement d’un peu trop loin. Votre question va d’ailleurs m’inciter à creuser la question. Cela étant, même si je suis peu informé, j’estime qu’une meilleure reconnaissance des auteurs dans le milieu du livre ne peut être qu’une bonne chose !

 

WAAD

 

Est-ce que vous vivez certaines situations comme des injustices en tant qu’auteur ?

 

Michel Robert

 

Hormis cette difficulté que les auteurs français de l’Imaginaire à se faire connaître à l’étranger, ce que je peux considérer comme une injustice, c’est la non-reconnaissance de la Fantasy traitée en France comme un sous-genre littéraire, notamment par les médias, alors que la Fantasy, lorsqu’elle est de qualité, attire un vaste public, de plus en plus varié, et de tous âges ; c’est le cas aussi bien concernant les romans, que le cinéma, les séries TV, les jeux vidéos, les JDR et autres jeux de plateau.

 

Sinon, comme beaucoup de mes collègues, j’estime que la part de l’auteur sur la vente d’un livre qu’il a écrit reste ridicule en regard du travail apporté… et puisqu’on en vient là, la part du libraire l’est tout autant et ce n’est pas normal.

 

WAAD

 

Si on s’intéresse maintenant à l’écriture proprement dite, est-ce que vous suivez un processus d’écriture particulier quand vous créez ? Des horaires fixes, une cadence, quelque chose comme ça ?

 

Michel Robert

 

Je suis plutôt un couche-tard et je préfère écrire la nuit et me corriger dans la journée. Je n’ai pas d’horaires fixes, tout dépend de l’emploi du temps de mes enfants et des aléas du quotidien.

 

WAAD

 

Souvent on parle d’architectes, c’est-à-dire d’auteurs qui planifient leur roman de A à Z avant d’écrire, de jardiniers, qui laissent vivre leurs personnages, ou d’employés polyvalents (OK, celui-là est de moi), comment vous vous positionnez par rapport à cette question de la plus haute importance ?

 

Michel Robert

 

Je suis résolument dans la catégorie des jardiniers. Ce qui m’intéresse le plus, ce qui prime sur la construction de mes romans, ce n’est pas l’univers mais bel et bien les personnages. Tout démarre avec eux. Je suis incapable de planifier mon roman du début à la fin, j’ai trop besoin d’être dans l’histoire avec mes personnages pour savoir ce qui va leur arriver. D’ailleurs, j’ai souvent l’idée de fin avant celle du début et la construction de mes romans ressemble en général à un puzzle. J’avoue, je suis un créateur très chaotique.

 

WAAD

 

Pour terminer, et avant de vous remercier, avez-vous des choses à ajouter ou dont vous voudriez parler ? Quels sont vos projets du moment ?

 

Michel Robert

Je travaille actuellement à un projet qui me tient à cœur depuis des années, un roman western-fantastique à tendance uchronique qui devrait sortir en septembre 2018. J’adore le western depuis l’enfance, ce genre m’a toujours fasciné, et il était temps que je lui rende hommage à ma façon, il le mérite largement ! Et comme je suis un auteur de l’Imaginaire, il me semblait tout naturel d’y mêler une bonne once de fantastique.
 
En outre, parallèlement à l’écriture de ce roman, je travaille à l’adaptation d’un JDR basé sur mon univers principal, l’Ange du Chaos, ainsi qu’au scenario d’une adaptation BD.

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