Plumorama : Laurence Suhner

 

Aux dernières Utopiales, nous avons pu réaliser l’interview de Laurence Suhner, à l’origine de la saga QuanTika. Une interview à la volée, pour laquelle je remercie vraiment l’autrice d’avoir accepté des conditions un peu compliquées ! Merci et à bientôt !


 

What about a dragon ?

 

Bonjour Laurence Suhner !

 

Vous êtes l’autrice de plusieurs romans de science-fiction, parus aux éditions l’Atalante, dont le premier volet, Vestiges, pour lequel vous avez fait appel à des physiciens, a reçu les prix Bob Morane et Futuriales en 2013. Vous êtes également dessinatrice et enseignante.

 

Merci d’avoir accepté de répondre à cette interview !

 

Première question, je sais qu’elle est fréquemment posée en salon : est-ce que vous vivez de votre plume ?

 

Laurence Suhner

 

Je n’en vis pas. J’enseigne la bande-dessinée : le scénario et la dramaturgie ainsi que les techniques des dessin. Je fais des workshops, des master-class, etc.

 

WAAD

 

Est-ce que vous l’envisagez ou l’avez envisagé ? Est-ce que vous le souhaiteriez ? Parce que j’ai l’impression que la réponse à cette question altère beaucoup le rapport qu’un auteur peut avoir par rapport à ces thématiques.

 

Laurence Suhner

 

Pour la trilogie Quan Tika, je l’ai écrite à plein temps. J’avais accumulé assez de ressources pour le faire, et j’écrivais environ huit heures par jour. Mais bien sûr, j’aimerais beaucoup !

 

WAAD

 

Récemment, on entend beaucoup parler du syndrome de l’imposteur. Pour résumer, il s’agit du sentiment d’illégitimité que peut avoir un artiste vis-à-vis de ses pairs et de son art lui-même. Est-ce que ça vous parle ?

 

Laurence Suhner

 

Oui, bien sûr. Quand j’ai écrit Quan Tika, je pensais que ça n’intéresserait jamais personne. C’était encore plus stressant après que le premier ait reçu des prix !

 

WAAD

 

Qu’est-ce que c’est un auteur pour vous ? Et qu’est-ce qu’il faut pour être professionnel ?

 

Laurence Suhner

 

C’est une question de manière de faire. Il s’agit de ne pas écrire en dilettante. Si je prends comme exemple ma propre situation, j’essaie d’aller jusqu’au bout de mes capacités : je ne m’arrête que lorsque ce que j’ai produit me semble cohérent, bien construit, etc.

 

Il faut le voir comme la chose la plus importante de sa vie. Même si je n’en vis pas, pour moi mon métier est d’écrire des livres.

 

WAAD

 

En ce moment, il y a en France un vrai mouvement de fond pour une meilleure reconnaissance de l’importance des auteurs dans le milieu du livre (pétition du SELF, développement de la Charte des auteurs jeunesse, etc.), est-ce que vous êtes concernée par ces mouvements / vous reconnaissez dans ces revendications / en êtes éloignés ? (par exemple parce que vous ne considérez pas l’écriture comme un revenu) Vous êtes autrice suisse mais votre éditeur est français, est-ce que ça modifie votre perception ?

 

Laurence Suhner

 

Concernant l’Atalante, Gallimard, et plus généralement les éditeurs français, je n’ai rien à redire. Ils sont très professionnels.

 

Par contre, j’ai eu beaucoup de problèmes avec un éditeur de bandes-dessinées et par conséquent j’écoute ce qui se passe. Je trouve qu’effectivement il y a des choses qui devraient être modifiées et j’en ai fait les frais.

 

WAAD

 

Est-ce que vous vivez certaines situations comme des injustices en tant qu’autrice ?

 

Laurence Suhner

 

On m’a pas amené de chocolat, ça compte ?

 

Plus sérieusement, non. En tant qu’autrice suisse, j’aimerais pouvoir faire plus de festivals en France, d’autant que puisque j’écris de la SF, on ne m’invite pas aux festivals suisses. Je ne sais pas à quoi ça tient.

 

Mais bon, je n’ai pas vraiment de raisons de me plaindre !

 

WAAD

 

Si on s’intéresse maintenant à l’écriture proprement dite, est-ce que vous suivez un processus d’écriture particulier quand vous créez ? Des horaires fixes, une cadence, quelque chose comme ça ?

 

Laurence Suhner

 

Quan Tika, je l’ai écrit du matin au soir. Je commençais à 9h et je m’arrêtais à 18h. J’avais des contrats, un certain nombre de pages à produire… Maintenant, puisque j’enseigne beaucoup, j’écris quand je peux.

 

J’essaie de trouver d’autres façons de me financer, notamment à travers Patreon. J’écris des textes courts, je réalise des illustrations, etc. pour mieux vivre de choses créatives et moins de l’enseignement.

 

WAAD

 

Souvent on parle d’architectes, c’est-à-dire d’auteurs qui planifient leur roman de A à Z avant d’écrire, de jardiniers, qui laissent vivre leurs personnages, ou d’employés polyvalents (OK, celui-là est de moi), comment vous vous positionnez par rapport à cette question de la plus haute importance ? A vous lire, je vous imagine plutôt architecte ?

 

Laurence Suhner

 

Eh bien, pas du tout ! Je ne fais absolument aucun plan. Je déterre les fils au fur et à mesure et je ne sais jamais ce que je vais écrire. Je suis une pure scripturante. Si mes livres sont très structurés, c’est parce qu’intuitivement tout se met en place et qu’ils se construisent d’eux-mêmes. C’est le subconscient qui travaille.

 

En scénario de bande-dessinée, par contre, c’est plus facile de faire des plans.

 

Une particularité, toutefois, c’est que lorsque je suis confrontée à une scène d’action, j’ai tendance à la storyboarder. C’est comme si je faisais un plan-séquence. De même, je dessine tous mes personnages.

 

WAAD

 

Pour terminer, et avant de vous remercier, avez-vous des choses à ajouter ou dont vous voudriez parler ? Quels sont vos prochains projets ?

 

Laurence Suhner

 

Un de mes projets est de remettre l’écriture en avant. Je travaille sur des illustrations de Quan Tika. J’avais un projet d’exposition sur ce sujet, et je le financerai sans doute via Patreon, en échange avec mes lecteurs.

 

J’ai des projets de nouvelle, y compris en anglais chez des éditeurs américains et anglais.

 

La traduction de Quan Tika est terminée, il s’agit maintenant de la vendre. Ça a été un très gros travail avec ma traductrice, Sheryl Curtis.

 

Enfin, j’écris deux romans quand j’en ai le temps. Le premier se passe dans l’univers du Terminateur, la nouvelle du recueil éponyme, tandis que le second est un spin-off de Quan Tika.

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