Plumorama : Sabine du Faÿ

 

Sabine du Faÿ, autrice jeunesse, nous rejoint aujourd’hui pour parler de son métier. Merci à elle et à très vite !


 

What about a dragon ?

 

Bonjour Sabine du Faÿ !

 

Vous écrivez pour la jeunesse des histoires où l’imaginaire accompagne des messages humains. Votre dernier roman, Aurélie et son secret, aux éditions Oskar, oscille entre la métaphore et le merveilleux, comme un reflet de vos envies d’autrice.

 

Merci d’avoir accepté de prendre le temps de répondre à nos questions dans le cadre de ce panorama des plumes de l’imaginaire !

 

Première question, je sais qu’elle est fréquemment posée en salon : est-ce que vous vivez de votre plume ?

 

Sabine du Faÿ

 

Non, je ne vis pas de ma plume. J’ai un autre métier : je suis fonctionnaire de police, métier que j’aime profondément ; je m’occupe de logistique : je suis à la fois au service de mes collègues et de la population ; il m’est arrivé aussi de donner des cours de français (soutien scolaire).

 

WAAD

 

Si non, est-ce que vous l’envisagez ou l’avez envisagé ? Est-ce que vous aimeriez bien ? Parce que j’ai l’impression que la réponse à cette question altère beaucoup le rapport qu’un auteur peut avoir par rapport à ces thématiques.

 

Sabine du Faÿ

 

Oui, je l’ai envisagé à un moment où j’étais « entre deux jobs » : j’avais quitté l’entreprise de distribution de livres anglo-américains au sein de laquelle j’avais travaillé durant 17 ans, et je n’avais pas encore passé le concours « Police ». Je me suis rendu compte que c’était une très mauvaise idée ! Quand l’art devient son gagne-pain, le risque est qu’on se tende, car cela doit « marcher », et ceci au détriment de la liberté et de la créativité.

 

De plus, avoir un métier bien ancré dans la réalité, comme celui de fonctionnaire de police, empêche de se fixer sur soi-même, ce qui est le risque majeur de l’artiste. Le métier d’imagination se nourrit du métier concret, et vice-versa. Cela créé un équilibre. J’ai la chance immense de faire tout ce que j’aime.

 

WAAD

 

Récemment, on entend beaucoup parler du syndrome de l’imposteur. Pour résumer, il s’agit du sentiment d’illégitimité que peut avoir un artiste vis-à-vis de ses pairs et de son art lui-même. Est-ce que ça vous parle ?

 

Sabine du Faÿ

 

Pas du tout ! Être artiste est un don. Et on n’y est pour rien ! La seule chose dont on peut se prévaloir, c’est le travail qui va avec. On « cultive » le don pour en tirer le meilleur. On ne peut pas se « décréter » artiste, car le don fait partie de ses fibres. C’est quelque chose d’inexplicable.

 

WAAD

 

Qu’est-ce que c’est un auteur pour vous ? Et qu’est-ce qu’il faut pour être professionnel ?

 

Sabine du Faÿ

 

Un auteur peut être un passeur. Il a un outil entre ses mains. Charge à lui de bien s’en servir. Il peut être témoin de quelque chose… et son rôle peut être d’alerter, car il a cette possibilité. Le verbe peut se révéler puissant. Beaucoup d’entités ont perdu une partie de leur crédibilité : l’Eglise, le monde de la politique, l’Education nationale… les auteurs ont encore cette crédibilité. Pour le moment. Quant à être professionnel, c’est comme pour tous les métiers : il s’agit d’être sérieux dans ce qu’on fait, et compétent. L’à-peu-près n’a pas sa place, sauf à être un imposteur.

 

WAAD

 

En ce moment, il y a en France, et un peu partout en Europe, un vrai mouvement de fond pour une meilleure reconnaissance de l’importance des auteurs dans le milieu du livre (pétition du SELF, développement de la Charte des auteurs jeunesse, etc.), est-ce que vous suivez ces mouvements / vous reconnaissez dans ces revendications / en êtes éloignés ?

 

Sabine du Faÿ

 

J’avoue que ne suis pas ce type d’actualité. Par manque de temps. Et parce que mon gagne-pain n’en dépend pas. Et puis je n’ai jamais eu à me plaindre de quoi que ce soit. Tout le monde a toujours été très correct avec moi : éditeurs, professeurs, responsables de salons, etc…

 

WAAD

 

Est-ce que vous vivez certaines situations comme des injustices en tant qu’autrice ?

 

Sabine du Faÿ

 

Non, pas du tout ! Et puis, je déteste « récriminer ». Si on n’est pas content de quelque chose, on se bat, et si on n’est vraiment pas content, on fait autre chose. Le but n’est pas d’être « mal » dans son métier. Surtout pas dans la création !

 

WAAD

 

Si on s’intéresse maintenant à l’écriture proprement dite, est-ce que vous suivez un processus d’écriture particulier quand vous créez ? Des horaires fixes, une cadence, quelque chose comme ça ?

 

Sabine du Faÿ

 

Je n’ai aucunement des horaires fixes ou une cadence particulière. Cela dépend du temps dont je dispose, des impératifs des éditeurs… Il arrive qu’un éditeur me donne un délai très court, il est alors évident que je vais « cravacher ». Parfois, tout se bouscule… mais cela fait partie de la vie !

 

WAAD

 

Souvent on parle d’architectes, c’est-à-dire d’auteurs qui planifient leur roman de A à Z avant d’écrire, de jardiniers, qui laissent vivre leurs personnages, ou d’employés polyvalents (OK, celui-là est de moi), comment vous vous positionnez par rapport à cette question de la plus haute importance ?

 

Sabine du Faÿ

 

Je ne suis pas du tout un architecte. Je déteste planifier quoi que ce soit. J’étouffe dans la planification. J’ai une idée, je prends mon crayon, j’écris, et, un jour, mon texte est fini. C’est plutôt « organique ». Je trempe mon crayon dans mon imagination, qui a très peu de limites.

 

WAAD

 

Pour terminer, et avant de vous remercier, avez-vous des choses à ajouter ou dont vous voudriez parler ? Quels sont vos projets du moment ?

 

Sabine du Faÿ

 

Je vous remercie beaucoup de m’avoir donné l’occasion de répondre à cette interview. Des projets, oui : le plus immédiat concerne les éditions Auzou, qui viennent de me proposer de retravailler pour eux. Ce dont je suis très contente. J’ai un projet également avec Maryvonne Le Quellec, illustratrice, une spécialiste du collage. Je pars quelques jours en décembre à Séville et à Cordoue, et l’écriture d’un album est prévu en lien avec ce voyage, et puis, et puis…

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