Plumorama : Aurélie Wellenstein

 
Holà les dragonautes ! (on internationalise nos bonjours, c’est dire si on vous aime !)

 

Aurélie Wellenstein est une autrice que je n’ai découvert que récemment avec l’excellent Roi des fauves, mais ses romans m’ont depuis fait une très forte impression. Je suis donc ravi qu’elle ait accepté de participer au Plumorama et de répondre à nos questions constantes ! Merci à elle et à très bientôt !

 


 

What about a dragon ?

 

Bonjour Aurélie Wellenstein !

 

Vous êtes autrice, notamment de trois très beaux romans aux éditions Scrinéo : le Roi des Fauves qui revisite le mythe du berserkir, les Loups Chantants, qui interrogent le rapport à la vengeance et au deuil dans un mythe initiatique et enfin, récemment, La mort du Temps, où des secousses temporelles perturbent la quête d’un personnage qui ne peut qu’avancer sans s’arrêter.

 

Merci donc d’avoir accepté de prendre le temps de répondre à nos questions dans le cadre de ce panorama des plumes de l’imaginaire !

 

Première question, je sais qu’elle est fréquemment posée en salon : est-ce que vous vivez de votre plume ?

 

Aurélie Wellenstein

 

Non, je travaille également à l’hôpital.

 

WAAD

 

Est-ce que vous l’envisagez ou l’avez envisagé ? Est-ce que vous aimeriez bien ? Parce que j’ai l’impression que la réponse à cette question altère beaucoup le rapport qu’un auteur peut avoir par rapport à ces thématiques.

 

Aurélie Wellenstein

 

C’est une question compliquée, et en réalité, je crois qu’il n’existe pas de bonnes réponses. J’éprouve une intense frustration à ne pas pouvoir écrire autant que je le voudrais. J’ai l’impression que, si j’écrivais à plein temps, je pourrais enfin assouvir toutes ces envies frénétiques de romans, d’albums et même de scénarios de bande dessinée. Je pense que je progresserais plus vite, que je deviendrais une meilleure auteur, car j’aurais le temps de travailler, de beaucoup travailler et ainsi de m’améliorer. J’aimerais aussi jouir de la liberté que procure l’écriture à plein temps, alterner des phases créatives avec des promenades inspirantes avec mon chien. Bref, j’ai une vision très réjouissante de l’écriture à plein temps !…

 

Et en même temps, j’ai de réelles appréhensions. Je sais que si je quitte mon travail à l’hôpital, mes finances vont s’effondrer. Ces derniers temps, j’ai dû – comme beaucoup de gens – faire face à des dépenses imprévues (chirurgie vétérinaire, garagiste…). Je connais mon tempérament un peu anxieux, et la nécessité que j’ai d’être parfaitement stable émotionnellement pour écrire. Je crois qu’en cas de difficultés financières, je me retrouverais paralysée par l’angoisse, incapable d’écrire. Actuellement, je travaille beaucoup. Vraiment beaucoup. Je n’ai pas de vacances (j’écris). Je n’ai pas de week-end (je suis en salon). Le soir, j’écris. Le jour, je suis à l’hosto. Dans le métro, je lis, je me documente. Avec le chien, dehors, je réfléchis à mes textes. Je mesure la chance que j’ai d’avoir un conjoint compréhensif avec tout ça !

 

Cependant, j’ai également la certitude que d’en faire autant me permet de conserver un certain rythme et d’être – c’est un vilain mot – productive. Peut-être que face à un emploi du temps plus relâché, je commencerai à procrastiner… Là, je dois écrire, je n’ai pas le choix car je n’ai pas beaucoup de temps ! Cette année est une bonne année où j’ai finalisé quatre romans et un album illustré, et pourtant, je suis restée à plein temps à l’hôpital.

 

Autre chose qui me fait réfléchir : avoir un salaire régulier me permet de n’écrire que ce que je veux. Je ne souhaite pas écrire à la commande. Je veux suivre mon instinct d’auteur, aller vers des histoires qui me font tripper, moi, ou vers des thèmes que je souhaite partager (notamment en direction des jeunes lecteurs).

 

Bref, à ce jour, mon objectif serait de diminuer mon temps de travail à l’hôpital sur un 90 ou un 80% qui me libérerait de nouveaux jours d’écriture.

 

WAAD

 

Récemment, on entend beaucoup parler du syndrome de l’imposteur. Pour résumer, il s’agit du sentiment d’illégitimité que peut avoir un artiste vis-à-vis de ses pairs et de son art lui-même. Est-ce que ça vous parle ?

 

Aurélie Wellenstein

 

Je comprends que ce sentiment puisse tourmenter les auteurs, et je crois que c’est une bonne chose de rester humble, et même d’éprouver des doutes, car c’est aussi cela qui permet de progresser. Se remettre toujours en question, ne pas s’enkyster dans sa zone de confort, est à la fois effrayant, mais aussi très stimulant. Après, le syndrome de l’imposteur n’a pas réellement de sens à mes yeux. Beaucoup d’auteurs sont guidés par la catharsis : vous écrivez avec vos tripes, comment cela pourrait-il être une imposture ?

 

WAAD

 

Qu’est-ce que c’est un auteur pour vous ? Et qu’est-ce qu’il faut pour être professionnel ?

 

Aurélie Wellenstein

 

J’aime bien le terme d’auteur, qui est assez large et pas trop prétentieux. En anglais, on dit « writer » et c’est très bien, très décomplexant. Parce qu’en français, on a également le terme « d’écrivain » et celui-là, il me tétanise ! J’ai fait des études de lettres, donc forcément, j’ai été abreuvée de classiques, et la figure de l’écrivain est, dans mon esprit, encore liée à un personnage inaccessible, limite auréolé de lumière divine ! J’ai l’impression que je ne pourrais jamais prétendre à ce statut, moi, l’auteur de mauvais genres et l’auteur jeunesse… C’est sans doute complètement idiot… D’ailleurs, je dis ça, et en même temps, je prends toujours soin de parler de « littérature de genre » et de « littérature pour la jeunesse ».

 

Mais bon, du coup, « auteur », j’aime bien ! Et on peut être auteur de plein de choses. Écrire un texte court, un poème, une chanson, c’est être auteur.

 

Après, professionnel, vous êtes obligé de le devenir très vite. Au-delà des exigences du milieu de l’édition en termes de deadline (toujours très serrées), être professionnel, c’est respecter son lecteur. Être professionnel en écriture, c’est travailler, travailler, travailler, traquer les dernières coquilles jusqu’à la folie, puis ensuite, savoir communiquer avec les médias ou les représentants des libraires par exemple.

 

WAAD

 

En ce moment, il y a en France, et un peu partout en Europe, un vrai mouvement de fond pour une meilleure reconnaissance de l’importance des auteurs dans le milieu du livre (pétition du SELF, développement de la Charte des auteurs jeunesse, etc.), est-ce que vous suivez ces mouvements / vous reconnaissez dans ces revendications / en êtes éloignés ?

 

Aurélie Wellenstein

 

Je suis à la Charte des auteurs jeunesse. Elle m’apporte énormément. C’est très très précieux pour un auteur, jeune ou moins jeune. Ces associations sont vraiment importantes et je remercie très chaleureusement les gens qui s’y investissent.

 

WAAD

 

Est-ce que vous vivez certaines situations comme des injustices en tant qu’auteur ?

 

Aurélie Wellenstein

 

Injustices, c’est un terme fort, très fort. Donc, non, j’ai pas le sentiment d’avoir vécu des injustices.

 

WAAD

 

Si on s’intéresse maintenant à l’écriture proprement dite, est-ce que vous suivez un processus d’écriture particulier quand vous créez ? Des horaires fixes, une cadence, quelque chose comme ça ?

 

Aurélie Wellenstein

 

Oui, je suis très ritualisée. Je considère l’écriture comme un sport, un muscle qui s’entretient. Du coup, pour que ce soit plus facile pour moi de m’y mettre, j’écris à heures fixes, avec le café qui va bien. En général, je me fixe d’écrire comme minimum quotidien 6666 signes.

 

WAAD

 

Souvent on parle d’architectes, c’est-à-dire d’auteurs qui planifient leur roman de A à Z avant d’écrire, de jardiniers, qui laissent vivre leurs personnages, ou d’employés polyvalents (OK, celui-là est de moi), comment vous vous positionnez par rapport à cette question de la plus haute importance ?

 

Aurélie Wellenstein

 

Haha, j’aime bien l’employé polyvalent ! Peut-être que je suis employée polyvalente, tiens ! En fait, j’établis un plan, mais je le laisse volontairement assez souple, sinon, je m’ennuie. Je me laisse ensuite porter par mes personnages et s’ils empruntent des routes inattendues, tant mieux, c’est qu’ils sont vivants. Donc, je me reconnais plus volontiers dans le jardinier qui regarde sa plante pousser dans toutes les directions.

 

WAAD

 

Nous avions eu l’occasion d’en parler aux Aventuriales de Ménétrol, mais vos romans partagent un certain goût pour les fuites en avant. Est-ce que la fatalité est un thème qui vous fascine ?

 

Aurélie Wellenstein

 

J’aime les comptes-à-rebours parce que tout de suite, ça imprime un sacré rythme au roman. Et pour moi, c’est la tension qui prime. Je suis dans le verbe d’action, dans la description en mouvement. Je m’inspire beaucoup des techniques cinématographiques et je regarde beaucoup de films d’action (sinon, je m’endors, je suis mauvais public, c’est dingue…) Bref, je veux que les pages se tournent facilement. J’aime les chapitres courts, énergiques, et l’écriture sous tension, avec des enjeux très clairs, durs, mettre mes personnages dans la merde et qu’ils n’aient pas le temps de souffler ! Ça, ça me plaît !

 

WAAD

 

Pour terminer, et avant de vous remercier, avez-vous des choses à ajouter ou dont vous voudriez parler ? Avez-vous des projets dans les tiroirs ?

 

Aurélie Wellenstein

 

Des projets, c’est un peu comme les squelettes, j’en ai plein les armoires ^^ Au printemps prochain sortira chez Scrineo un roman qui me tient très à cœur. Il devrait normalement s’intituler « l’homme oiseau ». Il parle de vengeance, de surpassement de soi et questionne la résilience. Surtout, il met en scène un personnage en miettes, traumatisé par son passé. Est-ce qu’il peut se relever ? Comment ?

 

Je trouve qu’en fantasy, on malmène beaucoup nos personnages, mais on s’intéresse finalement assez peu aux conséquences psychiques de ces événements… J’ai donc décidé d’écrire sur le syndrome de stress post-traumatique dans un univers fantasy. Cela donne un récit très psychologique, très noir aussi… J’espère que les lecteurs prendront plaisir à le découvrir autant que j’en ai eu à l’écrire.

Une réflexion au sujet de « Plumorama : Aurélie Wellenstein »

  1. Une interview passionnante, merci pour ces questions, WAAD et surtout merci à toi, Aurélie pour tes réponses !
    Je ne connaissais pas plein d’aspects de ta vie et de ton écriture, j’ai beaucoup aimé le découvrir et je ne t’en apprécie que davantage.
    J’ai en particulier énormément admiré ce que tu disais sur l’écriture à plein temps : moi qui rêve de cela, tu m’as donné vraiment matière à réfléchir !
    Et j’attends avec impatience la sortie de ton prochain, ayant beaucoup aimé « La mort du temps ».

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