What about… L’étoile de MPL ? (+ Interview)

Pochette de l’album par Elodie Lascar.

Salut les dragonautes !

Aujourd’hui, je vous parle de rien de moins que l’album français de l’année (la compétition est déjà pliée, c’est comme ça). D’ailleurs, si vous le voulez bien, je vous invite à lancer la vidéo suivante pour accompagner votre lecture.

« Dans cette grande cérémonie, soyez les bienvenus. »

En 2017, donc, je faisais la rencontre musicale de 5 garçons dans le vent (cette expression est cliché, mais la nostalgie est la seule émotion véritable, comme vous l’entendrez bientôt) qui allaient vite caracoler en tête de 95% de mes playlists. A cette occasion, je vous parlais de leur talent incroyable et leur donnais la parole pour une interview où l’on parlait enfance, clips bizarres et nouvel album en 2019.

En 2020 (ah, ces artistes et les dates…), nous retrouvons donc le groupe pour un second album, L’étoile, qui répond à l’attente des fans et des profanes. Un album-concept dans lequel un gourou (incarné dans le disque et sur scène par Arthur) use de son emprise pour maintenir une bande d’amis (Andréas, Cédric, Julien et Manu) dans une nostalgie dont ils ne finiront par s’émanciper qu’au terme de 14 titres dans lesquels les ambiances musicales et les images se superposent pour créer des tableaux cinématographiques dont on ne ressort pas indemne.

Plutôt que de vous présenter l’album dans son intégralité (allez l’écouter, de toute façon), je vous propose donc deux approches distinctes : d’abord, un top 5 des pistes qu’il faut avoir entendues au moins une fois, suivi d’une interview-bilan, miroir de celle qui avait été réalisée par mes soins en 2017.

I – Qu’est-ce qu’on écoute ? Top subjectivement objectif.

5- Le mystère abyssal

« Qui veut voyager loin ménage ses blessures. »

Avec ses guitares étouffées et ses nappes subaquatiques, Le mystère abyssal parvient à lier l’effroi des profondeurs marines et celui de voir les liens amicaux se déliter.

Marque de fabrique du groupe, la métaphore prend tout son sens dans les dernières paroles et nous plonge dans un vertige dont on peine à s’extirper. Un petit bijou, donc, de story-telling sonore.

4- Que des cœurs

« Très banal en somme, c’est l’histoire d’un homme, qui croise un soir le regard d’une fille seule au bar. »

Que des coeurs, c’est une histoire qu’on chante pour se donner du courage et se rappeler que l’amour, c’est fort et c’est très beau.

Et parce qu’on aime bien les tatouages, aussi.

3- Wagon-wagon

« Tu dis « Pardon pour l’image que je vous donne », je dis « Merci pour l’image que tu nous donnes. ».« 

Il y a beaucoup de Cioran dans les thèmes de Wagon-wagon. Peut-être parce que le train qui « roule toujours à fond » laisse peu de doute sur la finalité de l’existence et la « pleine conscience du sens de la vie ». Peut-être parce que le soudain tutoiement du narrateur rend universelle l’expérience vécue par celui ou celle qui apprend une mauvaise nouvelle. Peut-être, enfin, parce que l’apparente joie de la mélodie ressemble à une forme de Schadenfreude.

Il y a de Cioran, donc, mais il y a surtout un petit chef d’oeuvre d’MPL.

2- ECDT

« Je te tiens, tu me tiens, par les sentiments. Le premier à verser une larmichette, de nous deux sera le moins indépendant, le second ira vite pleurer en cachette. »

J’ai beaucoup hésité sur la première place du classement, et, très clairement, celle-ci aurait pu l’être tant son écoute m’a immédiatement marqué.

En partant d’une expression très marquée négativement, MPL renverse la vapeur et crée une ode romantique à l’attachement et au manque de l’autre. Ajoutez à cette idée brillante une rythmique dingue et un flow à faire pâlir Lomepal et consorts et ce futur incontournable devient une bombe dansante incroyable. A écouter, assurément.

1- Presqu’îles

« Presque insouciant, presque beau, presque à plein temps, presque au chaud…. »

C’est une chanson incroyable. Simplement.

Presqu’îles raconte à merveille la zone floue qui sépare un sauvetage d’un naufrage. Avec sa mélodie, tantôt mélancolique tantôt dansante, et une chanteuse, Alice Lamontagne (seule « guest » vocale de l’album), à la voix sublime, le morceau nous livre une autopsie intime que l’auditeur est libre d’interpréter comme une lueur d’espoir ou un chant du cygne.

Je vous en conseille l’écoute et la lecture pour vous faire votre propre idée, mais elle mérite d’accrocher vos tympans !

II – L’interview-bilan-miroir (ou quelque chose de cet acabit)

Alors, dans mes souvenirs, l’album sortait cet été, qu’est-ce qu’il s’est passé ?

J(ulien) (guitariste) : Depuis la dernière interview, on a rencontré les bonnes personnes en fait. Au début, on pensait qu’on allait créer le disque nous-mêmes, mais on a croisé le chemin de réalisateurs, et on s’est dit qu’on allait plutôt travailler avec eux.

Ils ont tout repris à zéro, déconstruit nos maquettes, creusé, etc. Tout ça prend du temps.

Quand on a lancé le KisskissBankbank, tout était prêt ou presque. On a fixé la deadline et c’était parti.

Le premier album, MPL, était étalé sur 19 titres. Ici, on est sur 14 morceaux qui se répondent. Est-ce que la démarche était la même dans la création ?

C(édric) (chanteur) : Le premier album marquait un cheminement : tout ce qu’on avait travaillé en 2 ans s’y trouvait.

J : Pour L’étoile, on est partis de 120 riffs et motifs pour aboutir à 28 morceaux un peu poussés. Sur cette base, on s’est demandés lesquels méritaient d’aller au bout (surtout qu’on a décidé de faire un clip pour chacun). Il y a eu des tentatives de passer à 15 titres, mais chaque morceau supplémentaire demande beaucoup plus d’énergie dès lors qu’il y a une équipe derrière.

C : Il a pu y avoir une forme de nostalgie par rapport à la simplicité du premier disque, mais pour la musicalité, c’était important d’en passer par là.

Pour les clips, vous comptez vous infliger des clips comme Paysage souvent ?

C : (rire) Tout n’est pas encore terminé de filmer, mais c’est vrai qu’on se met la pression. On veut éviter de réutiliser des choses qu’on a pu mettre en place sur d’autres clips, y compris plus vieux, et ça rend le travail plus long.

On bosse avec des équipes différentes à chaque fois, et on essaie de donner des beaux clips à nos morceaux, mais il faut avouer qu’on va devoir calmer le jeu si on veut tenir la distance !

Dans cet album, il y a une place importante donnée au cinéma. Est-ce que c’est une envie de raconter des choses différentes ?

C : Dans l’écriture, oui, un peu. Il y a une curiosité de ça. Le fait de décrire des choses, chacun se le représente à sa manière. Tout comme lorsqu’on avait traduit Stan. Le fait de ne pas être l’acteur mais le narrateur, de se placer du point de vue de la caméra : quelque chose se passe.

Il y a peu de temps, on écoutait un podcast sur Alain Souchon et la Ballade de Jim, où il expliquait pourquoi il avait écrit ce morceau, et il y avait vraiment cet aspect road-movie également. Je suis assez à l’aise dans les morceaux quand on me raconte quelque chose.

J : Musicalement, également, il y a des morceaux où on se disait : « Ca pourrait être de la musique de film. » Ca a sans doute influencé l’écriture.

C : Une troisième raison potentielle, c’est que, dès lors qu’on voulait que l’album soit un album-concept et que les clips, mis bout à bout, racontent une histoire, une partie des clips était déjà pensée. Quand on jouait les morceaux, on se demandait s’ils s’intégraient ou pas à l’histoire qu’on voulait raconter. Les clips alimentaient les morceaux et vice-versa. C’était une forme de jonglerie.

Sur le premier album, vous disiez être toujours dans le consensus pour les morceaux. C’est vrai aussi sur celui-là ?

C : Sur le format de travail, c’est plus clair qu’avant. Chacun gère sa piste studio et a le dernier mot sur ce qu’il fait. On est tous un peu la direction artistique des autres. On s’est tous fait refuser des centaines de propositions de choses qu’on aimait bien. On a fait le trait intérieurement sur des bébés incroyables. Mais c’est ça qui fait groupe : ton truc passe quand tu arrives à convaincre les autres que c’est bien. C’est ce qui crée une identité collective.

J : Le fait d’avoir du temps nous a permis par contre d’être assez éclectique et de laisser une grande place à l’expérimentation. Personne n’a été trop frustré par la démarche.

C : Avant, quand on travaillait par exemple sur un week-end, soit on trouvait tout de suite, soit on abandonnait. On ne pouvait pas se poser trop de questions. Ici, on avait plus de temps pour apporter des choses.

Arthur (NDLR : le gourou, qui est acteur et joue le rôle de maître de cérémonie sur scène) est plus présent dans l’album, comment est-ce qu’il s’intègre au travail du groupe ?

J : Arthur a beaucoup participé à l’écriture des textes, mais plus généralement c’est un peu le couteau-suisse du groupe : tu as besoin de lui, il est là. Il a trouvé sa place partout.

C : Le live a aussi influencé tout l’album, notamment sur le concept de gourou, et on voulait que ce soit présent dans le disque. Jusqu’au dernier moment, c’était fragile.  On avait beau avoir écrit les textes, on ne savait pas si ça allait le faire. C’est comme ça qu’est née Cortège.

Il y a une plus grande laissée à l’harmonie vocale, c’est une envie des autres membres du groupe de donner de la voix ?

M(anu) (guitariste, qui nous a rejoint à ce moment) : C’était une volonté collective. Avant de commencer l’album, on avait tous des envies différentes, et ce qui revenait beaucoup, c’était une plus grande présence des choeurs. Le réalisateur a beaucoup poussé dans ce sens également.

J : Cédric a toujours cherché ça également.

C : Oui, c’est important pour être un groupe, je trouve. Sur l’Etoile, on a Jouir, qui est un peu l’équivalent de Pavane du premier album, où chacun a son couplet.

Comment vous gérez votre nouvelle célébrité ?

J : (rire) Célébrité, c’est un grand mot… On est super entourés en tout cas. Nos tourneurs sont très efficaces, les attachés de presse sont au taquet.

C : Après, on a pas encore changé de catégorie. Le nombre de streams, par exemple, augmente normalement. Il n’y a pas eu de « pic » au moment du deuxième album. Notre communauté s’agrandit et les gens sont vraiment très engagés, mais il n’y a pas eu de boost radio, par exemple.

M : Il y a une plus forte mobilisation en concert, par contre, et ça on le voit bien.

C : C’est d’autant plus valorisant que les gens qui viennent nous voir ont un rapport très affectif à notre musique puisqu’ils l’ont découverte hors des radios. On ne rencontre que des belles personnes depuis le début du projet.

Votre nouveau concert fait la part belle au nouvel album, est-ce que vous avez cette fameuse petite nostalgie en écartant vos anciens morceaux ?

M : Il y a des chansons dans lesquelles on ne se reconnaissait plus trop, que ce soit dans les paroles, la musique ou l’interprétation. On a vite profité de ce nouveau spectacle pour les sortir. On a gardé les chansons que les gens aimaient chanter et on a intégré celles qu’on pouvait jouer directement ! On réfléchit à en intégrer de nouvelles, et on aimerait bien intégrer Presqu’îles notamment.

J : Il faut pas oublier aussi que certaines chansons, on les joue depuis très longtemps maintenant, donc il y a aussi une envie de renouvellement.

C : Il y a 8 ans, on chantait déjà Lulu ou Pierrot.

Merci à vous et à très vite alors !

Le groupe : Merci à toi !

Et pour retrouver MPL sur les routes, direction leur site internet. Si vous ne les avez jamais vus, leurs concerts sont absolument mémorables : drôles, sensibles, sincères, puissants et, en toute subjectivité, brillants.

A très bientôt pour une nouvelle chronique, et merci d’avoir lu jusqu’au bout !

Draconiquement,

Une réflexion au sujet de « What about… L’étoile de MPL ? (+ Interview) »

  1. Merci pour ce chouette article! et je valide complètement que c’est l’album français de l’année! et le précédent aussi!! à bas la compét’ et vive le 49.3 (heu…. juste pour MPL)!

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